Intervention de Paul BRON

Grenoble accueille plus de 30 000 enfants non majeurs, soit 20% de sa population.

Tout projet municipal sensé se doit de se préoccuper en priorité de l’éducation des enfants et de leur place dans l’espace urbain, afin d’accompagner leurs apprentissages et leur évolution en toute sécurité, vers la vie d’homme, de femmes et de citoyenne et de citoyen.

A Grenoble, il faut préciser aussi que plus d’un tiers des enfants de la ville (10 000) vit au-dessous du seuil de pauvreté et cette précarité se renforce au lieu de diminuer. Ce constat est glaçant. Il doit nous inciter à être encore plus offensif et solidaire dans nos priorités municipales. Dans nos priorités pour lutter pour la réussite éducative pour tous mais particulièrement pour les plus fragiles, et j’insisterai de même pour dire dans nos priorités géographiques, car vous confirmez vous-même dans votre dossier, ce que souvent vous éludez, et je vous cite : « les enfants les plus touchés se situe notamment dans le sud de la ville. «

Née en 2002, l’initiative « ville amie des enfants » a pour objectif de promouvoir les droits de l’enfant et des jeunes dans les villes de France.

Alors cette adhésion semble évidente pour une ville qui annonce faire de l’éducation sa priorité. Mais pourquoi alors avoir suspendu cette adhésion à laquelle la ville de Grenoble était adhérente depuis de nombreuses années.

Vous avez été sollicité en début de mandat par l’Unicef pour renouveler l’adhésion. Le Président de l’UNICEF jean marie Dru est venue à Grenoble en novembre 2016, pour vous demander de redevenir « ville amie des enfants ». Votre hésitation sur plusieurs années est incompréhensible.

Vous nous déclarez aujourd’hui avoir préféré « vous concentrer sur le déploiement de projets autour de l’enfant avant de candidater ». Etonnante réponse, qui cache mal votre indécision. De plus 80% des projets proposés dans votre dossier de candidature existaient déjà auparavant. Ce qui est logique, vous n’êtes pas arrivés pas sur une terre vierge.

Regardons donc votre dossier de candidature. Vous énumérez des actions innovantes que la ville déploie en direction des enfants selon les 10 domaines répertoriés par l’Unicef.

Je remarque des actions nouvelles : l’école municipale de foot féminin, la conception de jeux pour enfants, le mois de la parentalité, le projet « la rue aux enfants », graine de citoyens du monde …il est possible que j’en oublie, vous me compléterez.

Mais toutes les autres ne sont pas nouvelles du tout et auraient légitimé largement la prolongation de l’adhésion à « ville amie des enfants »

Cela dit, Il y a toujours un côté face et un côté pile. Un verre à moitié plein et un autre vide

Du côté du verre à moitié vide, faut-il vous rappeler encore que vous avez écorché des orientations d’éducation : par exemple

·       le service de santé scolaire de la ville a été fortement impacté par le plan d’austérité ;

·       2 bibliothèques Prémol et Haucquelin, qui ciblaient particulièrement l’accueil des enfants notamment en temps scolaire, ont été fermées 

·       le dispositif « Parler Bambin » a été supprimé 

·       vous avez annoncé qu’il n’y aurait plus d’ouverture de places de crèches,

·       et enfin une partie de l’accueil du périscolaire est devenu payant….

Du côté positif, je remarque que c’est la première fois que vous développez de façon coordonnée et claire un projet éducatif qui sur certains aspects est novateur. Et je partage en grande partie les orientations que vous développez dans ce projet.

Je constate d’ailleurs avec une certaine satisfaction que vous revenez à des principes, que nous avions largement défendus auparavant. Je vous en cite 2.

·       L’ouverture des bâtiments scolaires aux parents d’élèves, aux associations de quartier. J’avais appelé en 2012, cette expérimentation les « maisons de l’éducation ».

Partant du principe que l’école est ouverte 36 semaines par année, et une trentaine d’heures par semaine, quoi de plus logique, rationnel et solidaire que de partager les locaux, dans le respect des salles de classe bien évidemment.

C’était devenu un principe dans la construction des futures écoles et cela a été expérimenté à l’école Beauvert en 2013 puis dans la perspective de la future école qui s’est appelée « Ecole Simone Lagrange ».

·       Le 2eme c’est la prise en compte globale des temps de l’enfant et pas seulement les temps périscolaire rajouté par la semaine de 4jours et demi. Vous y revenez dans la fiche projet «  Placer l’enfant au cœur des activités scolaires ». C’est en effet tout à la fois, les temps d’accueil du matin, le temps de la cantine scolaire et celui du soir qu’il faut mutualiser et auxquels il faut apporter de la qualité, tant dans l’encadrement que dans le contenu.

Quelques remarques quand même sur certains axes

–        Concernant la scolarisation des enfants de migrants. Bien-sûr, il ne s’agit pas « d’innovation » mais il est utile de rappeler ce genre d’actions dans le contexte de montée de la xénophobie d’aujourd’hui.

Par contre, je pense que vous pourriez aller plus loin dans l’accueil scolaire. La problématique n’est pas seulement l’inscription des enfants migrants à l’école mais aussi, les enseignants vous le diraient, la capacité d’accueil des écoles. Ces enfants ont souvent besoin aussi de s’habiller, de se doucher, de se laver. Si l’école ne doit pas remplacer les parents, dans ces cas là, elle doit pouvoir leur accorder le minimum d’hygiène et de confort pour apprendre correctement. Et les écoles ne sont souvent pas préparées à ce type d’accueil ni en terme de personnel, ni matériellement

–         Enfin sur un autre projet particulièrement sensible Je veux parler de la place de l’enfant dans la ville, de la place de l’enfant dans l’espace public et ceci ne concerne pas seulement la ville de Grenoble mais aussi tout aussi bien la Métropole.

L’enfant a été en partie sacrifié et vulnérable, dans l’espace urbain. La ville est pensée et construite par les adultes pour les adultes. On le voit de manière trés claire par la place dominante de la voiture et des axes routiers. Mais aussi les pelouses interdites, les trottoirs étroits, la circulation des vélos sur les trottoirs…autant de contraintes qui pèsent sur la présence et les jeux des enfants en ville.

Ils devraient pouvoir se déplacer librement, courir, jouer, rencontrer d’autres enfants, sortir dans la rue sans être accompagnés pour goûter à l’autonomie : voilà des éléments nécessaires à l’épanouissement de l’enfant. Or l’espace public en milieu urbain ne le permet pas toujours. Certes, les aires de jeu se sont multipliées. Mais l’enfant s’y trouve comme dans une réserve protégée. De manière générale, tout concourt en priorité à éviter les risques.

Alors quand une ville se projette comme une ville en mutation, une ville de demain, elle se pose à juste titre la question de la place de l’enfant. Celui ci est devenu maintenant un acteur majeur pour les enjeux d’une ville durable… et je rajouterai de la « ville récréative et joyeuse ». Comme le dit Françoise Dolto « l’enfant dans la ville ça se prépare ».

Certains disent qu’« Il faut repenser la ville en fonction des enfants, avec une vision à 1,2 m de hauteur » Beaucoup de questions se posent et que j’aimerai vous renvoyer, à vous majorité comme à nous tous :

Comment donner plus de place à l’enfant dans la ville, dans l’espace public ? Quels sont les enjeux pour l’aménagement urbain, la transition écologique, le vivre ensemble ? Quel est notre rôle en tant qu’acteur de l’éducation à l’environnement urbain ?

Comment le plan de déplacements urbains (PDU) prend-il en compte les besoins de l’enfant.

Vous avez initié le programme «  Grenoble, ville de demain ». Vous venez de clore une semaine de débat sur la biennale des villes en transition. Pouvez-vous nous dire quels ont été les points forts de cette biennale qui pourraient concerner une ville amie des enfants ?

Enfin parce que nous soutenons toutes les actions éducatives en direction des enfants de la ville, nous voterons cette délibération.

Merci