Intervention  de Paul BRON

Monsieur le Maire, Chers collègues,

Je tiens à saluer tout d’abord votre rapport annuel sur l’Egalité femmes-hommes dans la vie locale. Je reconnais qu’un véritable effort a été fait dans ce domaine, même si la tâche reste encore énorme.

Je soulignerai particulièrement 2 actions : le développement de la pratique sportive au féminin ainsi que la mobilisation dans le domaine de l’égalité Femmes/Hommes,  des genres et des sexualités.

Mais je voudrais insister ici sur l’intérêt de la charte pour une écriture non discriminante ;

Il faut reconnaitre que la prédominance de la priorité du masculin sur le féminin non seulement en grammaire mais dans le langage courant n’est plus acceptable à l’heure où l’on promeut l’égalité des genres.

Mais pour les personnes, comme moi, qui se sentent à l’étroit dans l’opposition binaire femme/homme, il n’y a pour l’instant pas de pronom neutre en français.

Il s’agit donc principalement de remettre en question l’emploi du masculin comme générique de l’humanité même, de remettre en question la binarité du genre.

Certes, la cohérence entre institutions n’est pas au rendez-vous.  Lorsque le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, en France, incite à faire évoluer les usages linguistiques vers des pratiques plus égalitaires et moins sexistes et que, parallèlement, une autre institution, l’Académie française, gardienne du temple,  s’arcboute pour bloquer ces préconisations, cela ne rend pas la lecture des règles aisée

Que cela plaise ou non, il n’est pas seulement question de linguistique, mais également de politique.

La langue participe aux rapports de force et laisser croire que c’est l’usage qui a spontanément résolu la question en imposant la règle du « masculin qui l’emporte sur le féminin » est de mauvaise foi.

Il est important de dire que la grammaire prescriptive, celle qui codifie la langue, n’a rien d’immuable, est liée à la politique et à l’organisation sociale des personnes qui partagent une langue.

Il n’y a pas de raison d’interdire l’accord avec le mot le plus proche au nom de la supériorité du masculin. L’accord de voisinage a subsisté dans toutes les langues romanes. Il était encore fréquent au 19ème siècle en français mais a cessé d’être enseigné, pour des raisons idéologiques.

Je partage donc tout à fait la nécessité de l’engagement pour une égalité réelle entre les genres et dans ce sens l’écriture inclusive ou non discriminante est une avancée majeure et je salue l’existence de cette charte pour une écriture non discriminante.

Mais J’émettrai par contre un bémol. En grammaire, comme dans la vie d’ailleurs, les oppositions de type binaire ne correspondent jamais à la réalité.  Celle-ci est toujours plus complexe. Il en aussi de même  pour l’écriture inclusive.  L’écriture inclusive peut créer parfois une difficulté, une  complexité délicate à gérer. Pour rester vivante, la langue doit demeurer un moyen de communication fluide et simple et la redondance des termes peut être fastidieuse voir parfois paradoxalement discriminante. 2 exemples :

Par exemple, si je dis que « j’aime les chats, les chiens et les abeilles », tout le monde comprend que j’aime les chattes et les chats, les chiennes et les chiens, et les abeilles, mâle ou femelle…faut-il alors en rajouter ?

De même dans le domaine scolaire, l’orthographe est déjà un marqueur de discrimination. Et pas que dans le domaine scolaire, dans la formation d’adultes aussi. A l’heure où l’on songe de plus en plus à revenir aux fondamentaux à l’école pour pallier les difficultés des élèves à maîtriser notre langue, est ce qu’il est  bien raisonnable de rajouter de la complexité, de créer de nouvelles contraintes, au détriment de la lisibilité, de la fluidité… et finalement du plaisir de l’expression ?