Intervention d’Anouche AGOBIAN

Monsieur le Maire, Chers collègues,

Merci monsieur le maire de me donner la parole.

Je tiens à saluer personnellement la présence de monsieur Sargis MURADYAN Maire de Sévan ainsi que l’ensemble des élus et des techniciens des 2 collectivités qui travaillent sans relâche pour que la ville de Sevan devienne un lieu incontournable tant dans l’aspect touristique que dans son développement économique et écologique !

Le lac Sevan … véritable mer intérieure de 1 400 km2.  Les arméniens l’appelle Dzov .. la mer tant il est vaste et impressionnant !! C’est l’un des plus vastes lacs d’altitude du monde.

Plusieurs monastères entourent les bords du lac Sevan, dont Sevanavank et Hayravank, ainsi que le cimetière de Noradouz entre autres. Ces monuments datent de l’époque médiévale.

La ville se trouve à 2000m d’altitude, et reste la première destination touristique du pays. Depuis 2006, les villes de Grenoble et Sévan mettent en œuvre un programme de coopération dans les domaines de la santé, du tourisme et de la francophonie. A partir de 2007, les Villes de Goris, Sevan et Vardenis ainsi que la Préfecture du Guegharkunik, en collaboration avec leurs territoires partenaires français, respectivement les Villes de Vienne, Grenoble, Romans-sur-Isère et le Conseil Départemental de l’Isère ont mis en place un programme concerté de soutien au désenclavement social, culturel et touristique dans une perspective de développement local durable dans les régions du Guegharkunik et du Syunik.

Les actions de coopération portées par les collectivités locales partenaires, avec le soutien de la diaspora, visent au désenclavement et au développement durable de leur ville partenaire arménienne.

Il est vrai que Les villes de Grenoble et Sévan entretiennent de fructueuses relations de coopération depuis 15 ans. Ces relations privilégiées ont pris naissance grâce à l’impulsion des membres du conseil d’administration de la Maison de la Culture Arménienne de Grenoble et du Dauphiné. Pour eux, il était primordiale qu’une coopération voit le jour quelques années après la proclamation de la République d’Arménie.

La naissance de ce nouvel Etat ne s’est pas fait sans mal, les ruines qu’ont laissé les années soviétiques allaient être difficiles à surmonter sans l’aide internationale.

Je me permets de vous présenter, en complément des propos de Bernard Macret, la situation géopolitique de l’Arménie et ainsi vous montrer l’importance de l’aide apportée par les voies de la coopération.

L’Arménie et la Turquie actuelles n’ont aucune relation, leurs frontières sont fermées.

En 1991, lorsque l’Arménie a proclamé son indépendance par référendum, la Turquie fut un des premiers Etats à reconnaître l’Arménie, tout en refusant, cependant, d’établir avec elle des relations diplomatiques. Elle y posa deux conditions préalables : que l’Arménie reconnaisse la frontière actuelle définie dans le traité de Kars de 1921 (ce qui équivaut à ce que l’Arménie renonce à toute prétention territoriale en Arménie occidentale/turque) et qu’elle mette un terme au processus de reconnaissance internationale du génocide des Arméniens.

Vous comprenez pourquoi, 28 ans après les frontières restent closes !

Sur la frontière avec l’Azerbaïdjan. L’Arménie est en conflit avec son voisin à l’est, autour de la question du Haut-Karabagh. Cette région a été rattachée à la République soviétique de l’Azerbaïdjan par Staline, mais elle est peuplée à 95 % d’Arméniens.

Durant plus de 80 ans, les arméniens vivant sous le joug de l’Azerbaidjan ont subi des atrocités innommables ! Comme ils étaient considérés comme des citoyens de seconde zone, l’administration azérie maintenait les arméniens dans un véritable apartheid. Les pogroms, les insultes publiques, les arrestations arbitraires étaient le lot quotidien des arméniens.

Parce qu’ils n’en pouvaient plus de vivre dans l’horreur, parce qu’ils voulaient un autre avenir pour les enfants, En février 1988, le Haut-Karabagh, soutenu par l’Arménie, déclare son indépendance et entraine Erevan dans un conflit ouvert avec Bakou qui provoquera plus d’un million de réfugiés.

Un cessez-le-feu est signé le 16 mai 1994 à la défaveur de l’Azerbaïdjan. A la suite de cela, l’Arménie occupera 15 à 20% du territoire reconquit autour du Haut-Karabagh. Aujourd’hui, il n’existe ni relations économiques ni diplomatiques propres entre les deux pays, qui sont toujours en état de guerre.

Sur la frontière de l’axe Nord Sud iranien.

Les relations économiques entre les deux pays se sont intensifiées. En octobre 2017, plusieurs accords dans les domaines du gaz, de l’agriculture, des transports ou encore des sciences ont été signé par les 2 pays. Ces partenariats commerciaux traduisent des relations pacifiques entre les deux pays. Chacun y trouve son compte, l’Arménie n’est plus dépendante du seul gaz provenant de Russie et l’Iran consolide ses relations avec l’Union économique eurasienne.

Et enfin, la frontière avec la Géorgie. Ce voisin a longtemps été considéré comme un ennemi par les Arméniens. Si les relations avec la Géorgie se sont nettement améliorées ces dernières années, elles n’en restent pas moins très fragiles. L’Arménie a tout intérêt à pacifier ses relations avec la Géorgie. A cause une nouvelle fois du blocus turco-azéri. La Géorgie reste le principal, sinon l’unique moyen de transit terrestre pour les produits venant ou sortant d’Arménie. De plus elle est le seul passage vers un gazoduc entre les 2 pays. Les enjeux sont donc grands pour l’Arménie, d’autant plus que les Géorgiens restent eux aussi très attentifs à la situation dans le Haut-Karabagh qui pourrait venir tout bouleverser du jour au lendemain.

Ce mini exposé résume très synthétiquement la situation de l’Arménie. Vous avez compris que ce pays est totalement enclavé, qu’il subit les blocus turco-azéri, qu’il dépend de l’Iran pour parti de son commerce, ce qui est plus qu’incertain de nos jours ! Et enfin il est dans l’obligation de garder la Géorgie comme partenaire puisque c’est son seul axe routier d’ouverture !

Mais le tableau n’est pas si noir qu’il n’y paraît. Depuis 2 ans un nouveau gouvernement a vu le jour et avec lui un grand espoir de changement et de prospérité. Nikol Pachinian qui a réussi l’exploit d’une révolution de velours tente d’amener son pays vers une reconnaissance internationale tant sur l’aspect historique que dans des accords commerciaux et diplomatiques. Erevan devient une destination touristique incontournable son développement, son attractivité la pousse vers une croissance économique exceptionnelle.

La capitale entraîne avec elle ses grandes villes périphériques et la ville de Sevan commence elle aussi à profiter de ce nouvel essor.

C’est pourquoi, elle a plus que jamais besoin de cette coopération pour l’aider à relever le défi majeur de sa mutation. Par le tourisme, bien sûr ! Mais aussi par le développement de son économie qui incitera la jeunesse de cette ville à y vivre et à y prospérer.

Je vous engage à venir visiter l’Arménie et Sevan mes chers collègues… A voir de vos yeux la beauté de ses paysages, la profondeur de son lac et ses plus de 4000 ans d’histoire à ciel ouvert !

On ne peut que tomber amoureux de ce pays dont la nature y est encore brute et insoumise… on ne peut que tomber amoureux de ces sites qui pour certains datent  d’avant l’ère chrétienne. On ne peut que s’émouvoir de sa population tant les gens y sont accueillants et respectueux !!

La signature du renouvellement de la coopération entre nos deux villes n’est pas seulement un symbole, il est plus que jamais un soutien indéfectible dans la reconnaissance d’un pays qui se bat pour survivre depuis des centaines d’années.

Alors merci Monsieur le Maire de continuer à œuvrer pour que les enfants de Sevan et de l’Arménie puissent continuer à croire que l’avenir sera meilleur !

Merci