Je vais intervenir une dernière fois devant vous ou plus exactement parmi vous à l’occasion de ces délibérations portant sur la culture, et en particulier sur l’attribution de la bourse d’aide aux plasticiens et le renouvellement de la DSP concernant la salle « la belle électrique ».

Le sujet me tient à cœur. Sans la culture et les enseignants qui m’ont fait découvrir le plaisir qu’elle procure, je ne serai rien, et ces deux dossiers ont, soit vu le jour, soit été mis en œuvre alors que j’occupais la plus belle des délégations, celle d’adjoint en charge de la culture.

Rassurez-vous, au-delà de ce clin d’œil malicieux, je ne ferai ni mon bilan, ni une ode à ma gloire ce serait déplacé et surtout  indigne à votre égard. Rassurez-vous aussi, nous les voterons, même si pour évoquer cette période de ma vie municipale je dirai une seule chose, nous avions encore les moyens d’engager l’argent public en commun, Etat, Région, Département et ville, même s’il fallait déjà être plus attentifs la tâche était plus simple, ne l’oublions jamais.

Je ne serai plus conseiller municipal après ce soir, c’est une décision murement réfléchie, personnelle, et liée à ma volonté de prendre un peu plus de temps pour me consacrer à ceux qui me sont chers, et à la nouvelle étape de ma vie que je souhaite engager, bref à moi et à ma vie. Mon éloignement professionnel depuis deux ans rend aussi plus complexe la permanence et la vigueur de mon engagement ce qui ne correspond pas à l’idée que j’ai du service que nous devons rendre, ni à l’idée de l’engagement justement, mais j’y reviendrai.

J’ai connu à peu près toutes les fonctions politiques au sein de la ville de Grenoble, Chef de Cabinet de 1995 à 1998, puis adjoint au maire de 2001 à 2014, et enfin simple conseiller municipal depuis. Je veux dire ici, ce soir, la fierté et la joie qui a été la mienne de pouvoir servir cette ville qui m’a tant offert depuis que, jeune bachelier Lyonnais je découvrais la capitale des Alpes pour m’y installer et y faire ma vie. Deux parenthèses parisiennes n’auront jamais réussies à m’éloigner de la  nécessité de voir Belledonne, le Vercors et  la Chartreuse. Grenoble, notre ville, est  une ville formidable, exigeante, rude parfois, mais tellement attachante.

Les Grenobloises et les Grenoblois sont à cette image et ils sont capables d’atteindre le meilleur, sans jamais tomber pourtant dans la satisfaction du travail accompli. Ma fierté est aussi celle d’avoir travaillé pour ou au sein d’équipes qui ont changé cette ville et l’ont sortie d’une situation que certains ont semble-t-il oublié.

Cette insatisfaction chronique que j’évoquais est un moteur, qui devient une culture parfois moquée à l’extérieur de notre ville considérée comme un peu arrogante…je peux vous certifier que quand vous vous éloignez un peu de notre étonnante ville plate, le manque est total et permanent.

En ce qui me concerne, pas un jour sans penser à ma ville, aux amis que je compte ici et à l’affection que j’éprouve pour tous. Ma démission n’y changera rien, au contraire.

Aussi étonnant que cela puisse vous paraitre, cette affection vous est aussi destinée. Elle est amplifiée par le respect et l’estime que j’ai pour vous tous et toutes. Je terminerai ce propos volontairement bref (c’est une première !) en l’évoquant devant vous et à destination de celles et ceux qui nous regardent.

Nous vivons une crise majeure de la représentation démocratique, nous pouvons nous en satisfaire ou pas, l’analyser doctement, je suis certain qu’il y aurait presque autant d’avis que de personnes dans la salle, constante locale… Je ne vous cache pas mon inquiétude. La démocratie, les valeurs de la république, la laïcité sont pour moi les points cardinaux de mon parcours. Au moment où toute parole se vaut et  semble frappée du même sceau de légitimité, chasse la nécessaire raison et fait qu’au pays de MONTESQUIEU la passion semble tout emporter tel une vague que rien n’arrêterait je veux vous dire l’estime que j’ai pour vous, votre engagement, celui de l’élu local, dernier rempart d’une démocratie de proximité qui trouve encore du sens et un écho chez nos concitoyens est indispensable et doit être rappelé.

Votre abnégation, un certain sacrifice, même s’il est consenti et comporte aussi des aspects positifs, est remarquable. Il l’est d’autant plus lorsque les nouveaux médias, les réseaux sociaux, accélèrent tout à une vitesse folle et empêchent en même temps l’analyse et le recul. Je veux vous rendre cet hommage et dire au-delà de cette salle que les débats, les coups de gueules parfois, mais surtout l’acharnement à améliorer les choses sont des biens précieux qu’il faut défendre sans relâche. Cela demande du temps, et aussi la nécessité de savoir organiser « la controverse » avec bienveillance. Ce n’est pas chose aisée quand tout va vite, se bouscule et se précipite…

Je suis intimement persuadé que nous ne résoudrons rien tant que les politiques ne se pencheront pas sérieusement sur cette nouvelle équation de la vitesse et du sensationnel que le philosophe Paul VIRILIO récemment décédé ne cessait d’invoquer pour nous alerter des dangers du monde qui vient. Les petits cochons chers à certains adorent ce torrent de boue incessant, et les victimes sont toujours les mêmes, la démocratie et les plus faibles. Je suis aussi convaincu à ce propos que la question sociale reste la boussole qui doit guider nos réflexions et notre action. C’est d’abord en pensant à ceux qui n’ont rien ou très peu que nous devons travailler, et la crise écologique et environnementale renforce cet impératif.

Permettez-moi de remercier ou de saluer certaines personnes. Vous-même monsieur le maire qui m’avez accordé ce temps de parole un peu hors cadre. Au-delà des désaccords vous savez le respect immense que j’ai de la fonction. Michel DESTOT, votre prédécesseur à qui je dois tant, ce que je n’oublierai jamais, même si parfois la vie peut éloigner un peu des amis, mais le temps répare tout. Mes deux amies chères Marie-Josée SALAT et Anouche AGOBIAN encore sur ces bancs à mes côtés, le discret mais si précieux Patrice VOIR, avec qui je pourrai parler du PS, du PCF, de la gauche de la vie et des plaisirs d’une bonne table des heures durant, et pour terminer, parce que je suis un homme de large « alliance potentielle», celui que j’ai appris à connaitre et à respecter comme on peut le faire d’un ami, Matthieu CHAMUSSY… nous pensions que tout nous opposait, et nous n’avions pas vu que sur l’essentiel nous étions capables de nous comprendre. Nous ne nous sommes pas toujours épargnés… Avec lui, au moins nous avons le seul orateur de droite en France capable de s’attaquer un jour au record du grand Fidel pour l’intervention la plus longue, mais au-delà de cette pique amicale, il le sait je veux dire à quel point les liens que nous pouvons avoir ici tous et toutes dans le respect, n’empêchent  pas les différences. La richesse de celles-ci peut aussi forger des amitiés solides. C’est pour moi une belle leçon de vie.

Je suis comme vous, un enfant de la république, et lors d’une lecture récente, pour ne rien vous cacher « l’Art de perdre » d’Alice ZENITER, je ne pouvais m’empêcher (au-delà du titre qui vous aura plu j’en étais certain) que cet enfant a toujours été bercé dans le souvenir aimant de la terre originelle, l’Algérie, avec la passion inaltérable de la patrie commune, la France, et avec le sentiment que la vie était un voyage permanent faite de belles rencontres, de déceptions et de joies intenses et de douleurs, que nous étions devenus ces habitants d’un même monde que nous devons protéger sans rien perdre de nos valeurs, de notre histoire et de nos rêves. L’histoire ballote l’humain, notre génération doit se montrer à la hauteur des défis, accueillir dignement les migrants chassés de chez eux par les guerres, assurer un avenir équitable et respectueux des équilibres aux générations futures en tenant compte des leçons parfois dramatiques du passé. Ce travail commence ici, dans les assemblées locales, au plus près de nos concitoyens, nos semblables.

Finalement l’engagement public qui ne me quittera sans doute jamais. J’ai été très heureux de pouvoir y contribuer humblement, d’autres continueront avec leur sensibilité et leur talent à le faire après nous tous. Aucun d’entre nous n’est irremplaçable, tous sommes indispensables au fonctionnement de la cité.

Pour ma part, je trouve que c’est une belle pensée de pouvoir se dire que nous faisons partie de cette chaine continue d’hommes et de femmes pour lesquels l’engagement est un accomplissement.