Intervention de Sarah BOUKAALA –

Le débat qui nous est proposé sur le RLPI est un sujet important qui va nous occuper pendant deux ans jusqu’ à son adoption définitive fin d’année 2020.

C’est aussi un enjeu majeur pour notre agglomération au regard des sujets multiples qu’il recouvre : l’environnement, l’économie, le patrimoine, la qualité du cadre de vie…

Parce que justement bien des domaines sont en jeu, je crois qu’il nous faut garder raison, à mi-chemin, entre deux idéologies tout aussi néfastes : celle du tout publicitaire et celle du refus de toute publicité.

Si les grands afficheurs ont parfois bénéficié de rentes financières indues, de monopoles publicitaires étonnants, de possibilités d’installation de mobilier urbain sans garde-fous, cette époque est quand même dans une assez large mesure révolue, au prix d’une prise de conscience des élus et aussi des citoyens. Et c’est aussi celle des professionnels pour lesquels la concurrence qui s’est peu à peu installée a joué comme un facteur de régulation.

C’est au demeurant pour cette raison que l’on peut regretter la position de la municipalité de Grenoble, en début de mandat qui a voulu supprimer les panneaux Decaux et leur mobilier urbain afférents. Les messages parlaient même de « libérer la ville » !

Par son excès, cette décision relevait justement d’une posture idéologique, posture d’autant plus regrettable qu’il aurait été plus opportun d’attendre que ce sujet fasse l’objet d’une démarche intercommunale, partagée, homogénéisée.

Mais vous en aviez décidé d’en faire un enjeu politique et surtout de communication !

 

 

Quel en a été le résultat ?

Le premier résultat pour la Ville a été la perte sèche d’une recette de 650 000 € par an et le non-renouvellement des panneaux en place par du matériel plus moderne tel que celui déployé dans d’autres agglomérations.

Le second résultat a été la baisse de l’information municipale en direction des Grenoblois et des Grenobloises puisque chaque panneau retiré avait deux faces dont une utilisée par la ville pour son information municipale et permettait afin d’informer les grenoblois des grands événements.

Cette situation absence soudaine de mobiliers d’information vous a conduit dans l’urgence et l’improvisation à demander aux services municipaux de créer des totems d’informations qui se sont répandus sur le territoire communal. Trois ou quatre modèles différents de totems d’informations ont ainsi été déployés compliquant évidemment la tâche des services municipaux chargés d’en faire la maintenance.

Certains ont été vandalisés, certains ont chuté à cause du  vent et au final ces totems ont peu à peu disparus de l’espace municipal. Et, au bout de quatre ans, on réalise que nous avons de moins en moins de ces totems.

Vous apprêtez à déployer un nouveau dispositif. Nous nous en félicitons mais nous croyons réellement que la précipitation de votre décision a fait que pendant quatre ans nous avons quand même vécu une situation particulière et qui a quand même dû être coûteuse, mais nous ne serons jamais réellement le coût, pour l’impression et la maintenance qu’ont dû assurer les services municipaux

Vous parliez tout à l’heure expression citoyenne. Je crois que l’image que vous montrez là actuellement et très intéressante. La partie expression libre et nous l’avons tous constaté, et tous les grenoblois le constatent est très fréquemment recouverte par des affichages commerciaux.

Et, il faudrait que dans le cadre du nouveau RLPI une démarche beaucoup plus volontaire de la ville pour faire respecter les affichages libres, l’associatif et la vie de quartier, les expressions libres qui très souvent sont recouverts uniquement par des affichages commerciaux et en cela nous loupons complètement notre objectif.

Disons les choses, Grenoble est au cœur d’une grande métropole et il ne servait à rien de protéger la ville des affichages publicitaires si ces derniers pouvaient fleurir dans toutes les autres communes et qu’ils étaient toujours présents sur le réseau SMTC.

Vous le dites vous-même dans votre délibération, près de 70 % des affichages publicitaires sont sous des abribus.

Donc oui à la protection, oui à la qualité du cadre de vie mais allons sur des politiques efficaces

Ça c’était pour le passé, penchons-nous maintenant sur l’avenir.

Je veux à ce titre saluer le travail qui a été réalisé par les services la Métropole à la fois sur le diagnostic qualitatif et le diagnostic quantitatif

Nous partageons la volonté politique d’assurer les grands équilibres en particulier entre la protection visuelle à laquelle tous les citoyens ont droit et la rentabilité économique, essentielle en ces temps de disette fiscale, que procurent les panneaux d’affichage.

Le RPLI ne fait donc pas la chasse à la publicité mais il prévoit de l’encadrer.

Et il est vrai que la liste des restrictions proposées est assez conséquente et plutôt précise. Pas ou peu de publicité dans les centres historiques, les cœurs de ville, la montagne, les trames verte et bleue.

Nous sommes là au cœur d’une démarche environnementale de préservation des paysages, et du patrimoine et on ne peut que s’en réjouir. S’en réjouir, ou presque.

Je dis presque, parce que je souhaiterais faire part d’une inquiétude autour de ce que j’appellerai le risque d’inéquité  territoriale.

Cette inquiétude, c’est que les habitants des quartiers qui ne sont situés ni en centres historiques, ni en cœurs de ville, ni en territoires de montagne, ni en trame verte et bleue, ne paient pour les autres, en recevant toute la publicité qui n’a plus sa place ailleurs.

Il ne faudrait pas que notre collectivité fasse avec les publicités ce que d’autres ont fait avec les déchetteries, les prisons, les autoroutes… : tout pour les quartiers périphériques, et rien pour les autres !

Et j’attends à ce sujet que l’Exécutif, nous éclaire, et au-delà nous rassure.

Au demeurant, je pense que nous pouvons aussi compter sur l’acuité de nos concitoyens pour évoquer ces sujets lors de l’enquête publique qui aura donc lieu l’an prochain,

Et je forme un autre vœu, chers collègues : que nous prenions vraiment en compte leurs avis parce que ces avis-là relèvent d’une expertise d’usage qui me semble très précise, complémentaire de nos lois, règlements, directives…

Il y a deux éléments, positifs que je souhaiterais évoquer avant de clore mon intervention :

  • le premier concerne la recherche de cohérence entre la taille des panneaux d’affichage et celle du bâti qui les entoure, certains panneaux d’affichage nous paraissent d’autant plus insupportables, agressifs, que leur taille déparait avec celle d’habitations de taille modeste. Et ce qui est prévu devrait permettre d’y mettre fin,

 

  • le second concerne plus globalement la capacité d’anticipation de la métropole puisque ce que l’on nous propose c’est d’ores et déjà de faire que tous les règlements locaux de publicité qui arriveront prochainement à échéance puissent s’inscrire dans cette nouvelle directive.

Cela nous permettra d’éviter des conflits de territoires, des querelles de clochers et de montrer que nous savons collectivement travailler ensemble sur un modèle cohérent et homogène.