Intervention  de Jérôme SAFAR –

J’ai envie de dire que nous avons déjà perdu beaucoup de temps sur ce dossier et même si nous avons eu en effet un débat assez net sur la question au printemps, je crois que notre responsabilité collective est d’éviter de retomber dans les postures faciles qui se retournent finalement toujours contre les habitants. Ceux-ci ont pu croire que d’autres solutions étaient aisément possibles, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient impossibles, mais elles ne sont pas si simples.

Le premier constat qu’il faut que nous fassions, c’est que nous parlons d’un dossier de 448 millions d’euros qui mobilise un effort métropolitain global d’un peu plus de 126 millions d’euros au sein duquel la ville prend sa part pour 32,4 millions d’euros.

Evidemment, en entendant Monsieur TUSCHER qui a fait une intervention forte, deux questions me venaient à l’esprit.

Concernant le référendum que mettre à la question ? L’ensemble du plan ? Et si oui, la question,  quelle est-elle ?

Sommes-nous d’accord pour prendre le risque de remettre en cause les effets leviers de cette convention et les 448 millions d’euros investis demain sur le territoire de la Métropole et de la Ville au risque d’avoir une réponse qui fasse qu’on dise à l’ANRU et à nos autres partenaires : « Désolé pour vos 448 millions d’euros mais finalement on en veut pas ».

C’est ça le risque, il faut quand même qu’on l’ait en tête. Je ne dis pas là qu’on joue sur les peurs mais on joue avec le feu si on prend les choses de cette façon-là !

Si vous me dites que, dans la période, vous êtes prêts à prendre ce risque, je vous dirai simplement mon cher collègue que moi, aujourd’hui, quand je vois 448 millions d’euros sur la table sur un territoire comme celui de la Métropole,  prêts à être investis,  je ne veux pas prendre ce risque.

Parce que même s’il y a encore des questions, et les questions ne sont pas anodines concernant les démolitions et les réhabilitations, il y a un dossier beaucoup plus global et beaucoup plus large qui peut faire débat entre nous de ce que nous voulons pour notre ville et notre territoire demain.

La deuxième question est de savoir si nous sommes d’accord pour saisir cette opportunité et si nous considérons que l’ANRU est suffisamment présente financièrement pour imposer ses vues.

L’ANRU ne finance pas intégralement les projets, elle joue le rôle de rassembleur qui va permettre par effet levier de démultiplier les financements sur des sujets qui sont aussi bien relatifs à l’habitat que relatifs à la présence d’équipements et aux fonctions indispensables dans ces quartiers.

Nathalie BERANGER l’a dit à l’instant : celles et ceux qui tiendraient encore le discours de considérer que par la seule action sur l’habitat, la vie quotidienne des habitants de ces quartiers serait améliorée, soit n’ont absolument rien compris à ce qu’est devenue la politique de la ville, soit ne savent pas comment vivent les gens qui habitent dans ces quartiers et pas seulement à Grenoble, soit ne sont pas conscients des questions qui se posent quotidiennement.

Ces questions sont très clairement évoquées par beaucoup d’entre nous.

On parle de présence d’équipement culturel, d’équipement jeunesse, d’équipement sportif. Très bien. Mais ce n’est pas suffisant. Nous devons à partir du moment où nous signons cette convention être attentifs aux fonctions qui vont être celles de ces quartiers et qui seront présentes dans ces quartiers. Vous les avez évoqués : les commerces, les services publics de proximité et les services publics de centralité. Et la question du CCAS et de son devenir dans le secteur n’est pas anodine.

La question des événements. Quand on a un parc comme celui de la Villeneuve, très sincèrement y organiser des événements de type métropolitain régulièrement est naturellement quelque chose qu’il faut regarder. Les fonctions au quotidien au sein de ce parc en terme d’occupation est aussi quelque chose qu’il faut regarder.

J’étais récemment dans le cadre de mes fonctions professionnelles en Europe du Nord. La question de la présence de très grands jeux pour enfants et adolescents dans des parcs de ce type avec des ensembles immobiliers des années 70-80 est très clairement posée avec des investissements massifs. Présence d’associations accompagnant tout cela, éducation populaire, cela nécessite donc aussi un investissement en terme de fonctionnement et de présence humaine qui est absolument considérable.

Je disais en commençant que nous avions perdu assez de temps comme cela.

Nous voterons la délibération même si je veux préciser deux choses.

Oui nous avons voté en 2013 une délibération à propos des démolitions et des réhabilitations qui a posé problème dans le débat aujourd’hui entre les habitants, la ville de Grenoble, la Métropole, l’ANRU et les acteurs.

Nous considérons que nous ne pouvons pas et nous ne devons pas faire abstraction du fait que 2018 n’est pas tout à fait 2013. Que les réflexions ont pu avoir lieu entre la métropole, la Ville, l’ANRU et les différents acteurs.

Mais nous seront attentifs sur plusieurs choses.

Les conditions de relogement des habitants, le suivi et la programmation des réhabilitations et des constructions ou des démolitions lorsqu’il y en a.

Le respect des droits des locataires et en particulier le respect d’un engagement central qui est celui non seulement de leur apporter une meilleure qualité de vie dans leur logement mais à un moindre coût. Et là, on tombe sur la question de la transition énergétique et de ce qu’elle doit provoquer en gain de pouvoir d’achat pour les personnes qui en bénéficient et de la même façon la présence des services publics et des commerces dans les quartiers.

Je voudrais terminer sur deux points.

Il faut que nous fassions tout pour éviter que le climat de défiance qui n’est pas que local devienne la norme sur tous les sujets.  Quand on lit la convention, les clauses de revoyure et de révision du projet sont écrites noir sur blanc. Il est donc possible aux équipes municipales et métropolitaines qui souhaitent le faire de faire un travail fin, permanent, de suivi d’évolution du dossier et il vaut mieux le faire en lien avec les habitants.

Sur le référendum, il y a deux façons de répondre.

Nous sommes dans une assemblée où pratiquement toutes les listes représentées avaient proposé une forme de consultation locale,  mais,  ce que vous demandez pose plusieurs questions.

D’abord, quel est le périmètre qu’il faudrait retenir en termes d’électeurs. Puisque c’est un dossier métropolitain, immanquablement,  il ne serait pas que celui des Villeneuve ou même des Villeneuve et de Mistral, il serait plus large.

Quelle question posée ?  Je l’ai évoqué au début.

Quelles incidences liées à cette question ? Je l’ai aussi évoqué au début.

Je crois qu’il faut éviter de faire de ce dispositif, un dispositif qui permettrait de ne pas assumer certaines décisions ou de ne pas les expliquer. Ceci dit, pour nous, ce qui compte avant toute chose, c’est de savoir si à Mistral, au Lys rouge, à Villeneuve, au Village Olympique demain, et demain c’est 10-15-20 ans, des fonctions qui ont disparues, qui sont parties et des services publics qui sont partis, des habitants qui sont partis,, vont pouvoir y revenir, et ceux qui souhaitent y rester vont pouvoir le faire dans les meilleures conditions possibles.

Si nous parlons de Villeneuve, nous parlons d’un quartier en difficulté sur lequel l’ANRU s’est penché depuis maintenant longtemps

Ce quartier a des avantages indéniables

Il n’est pas enclavé, il est desservi par les transports en commun, il est proche du centre-ville contrairement à ce que l’on dit, il est proche de lieux de centralité culturelle importants, il est proche d’un lieu de centralité commerciale et économique non négligeable, il n’est pas loin d’accès routiers qui eux aussi sont importants dans notre agglomération.

Mistral n’a pas tout à fait les mêmes avantages. Mistral bénéficie d’un programme qui là aussi doit être poussé et doit être réussi. L’arrivée du centre de tri de la poste est une bonne nouvelle parce qu’en terme d’emplois, c’est un bon signal pour les habitants du quartier.

Nous voterons donc cette délibération.

Il faudra rester attentif au suivi de celle-ci et surtout de la mise en place de la convention signée avec l’ANRU. Mais, mes chers collègues nous devons aussi être honnêtes devant les Grenoblois. Les débats que nous avions sur ce sujet il y a encore quatre ou cinq ans étaient des débats strictement municipaux et ils sont devenus métropolitains.

Ne l’oublions pas, les partenariats qui sont les nôtres ne sont plus seulement des partenariats que nous pouvons ici gommer d’un trait de plume ou d’un seul vote. Cela demandera maintenant une intégration en termes de réflexion politique et de mobilisation des acteurs beaucoup plus forte qu’auparavant. C’est aussi quelque chose qu’il faut avoir en tête