Intervention de Paul BRON

Ma première réaction quand j’ai découvert cette délibération il y a 15 jours a été : il était temps. Vous avez placé l’éducation comme une priorité de votre mandat, il était donc temps après 3 années, que vous vous préoccupiez de la lutte contre les inégalités éducatives par des actes nouveaux, autrement que par de longs discours.

Et même si cette délibération est fortement influencée par la politique éducative du gouvernement en matière de scolarisation des moins de 3 ans, vous accompagnez cette mesure et nous la partageons avec vous.

Cette délibération porte sur le renforcement de l’accueil des enfants de moins de 3 ans à l’école maternelle.

Si nous en partageons cet objectif, nous nous posons des questions sur les conditions de sa mise en œuvre. Mon intervention portera sur le fond, sur les conditions de sa mise en œuvre et enfin sur la délibération que vous nous proposez, avec quelques remarques critiques.

Sur le fond d’abord.

Ce que l’on peut appeler la « scolarisation précoce » est elle une bonne chose pour l’enfant ?

Le  débat reste aujourd’hui très ouvert. Ce que l’on sait, c’est que son intérêt n’est pas prouvé pour tous les enfants et qu’elle profite davantage aux familles les plus favorisées comme aux familles les plus défavorisées, une fois n’est pas coutume. Pour les familles aisées, la scolarisation à 2 ans fonctionne comme un accélérateur des compétences scolaires de l’enfant. Pour les familles les moins aisées, et notamment les enfants de migrants, une scolarisation précoce favorisera chez l’enfant l’acquisition du langage, mais aussi le développement de sa socialisation et de son intégration. C’est aussi, reconnaissons le, un avantage économique indéniable pour les familles, qui permet d’économiser des frais de garde, puisque l’école est gratuite.

C’est pourquoi cet objectif est  devenu une priorité, particulièrement dans les quartiers en ZEP. Le Ministère s’est d’ailleurs fixé un objectif de scolarisation ambitieux de 30% en REP et de 50% en REP + . C’est une bonne chose …même si l’on peut dire que la scolarisation précoce à deux ans ne suffira pas à compenser les différences liées à l’appartenance sociale.

Nous avions, il y a maintenant 5 ans, expérimenté à Grenoble, une classe appelée « classe passerelle » qui constituait un sas d’entrée vers l’école maternelle spécifiquement pour les enfants de moins de 3 ans qui n’avaient pas bénéficié d’un accueil en collectivité. Installée à l’école Léon Jouhaux, cette classe de 18 enfants était encadrée par 3 professionnels et accueillait aussi les parents. Les enfants pouvaient rejoindre une classe de petite section dans le trimestre de leurs 3 ans. Malgré les réticences de l’Inspection Académique de l’Isère, nous regrettons que la ville, depuis 3 ans, n’ait pas affirmé une réelle volonté politique pour soutenir et développer cette initiative, car il y avait vraiment là, un projet éducatif précurseur et efficace.

Sur la forme maintenant et spécifiquement les conditions d’une scolarisation de qualité, des enfants de moins de 3 ans

Je pense qu’elle sera efficace et de qualité si 4 conditions sont respectées à l’école maternelle, des conditions pour lesquelles la ville de Grenoble peut œuvrer, aux côtés de l’Education Nationale.

1.      Un taux d’encadrement de professionnels fort d’un adulte pour 8 enfants et la présence d’une AVS (assistante de vie scolaire)  pour les enfants handicapés. Actuellement une classe maternelle accueille 25 à 32 élèves pour une enseignante et une Atsem.

2.      Des rythmes scolaires adaptés avec des solutions passerelles. Permettre une entrée en douceur à l’école, échelonnée, voir en cours d’année pour certains, un lien possible avec la structure de petite enfance la plus proche, un rythme de sieste adapté…Se posera aussi la question de la propreté. Vous savez que c’est aussi l’un des critères d’entrée à l’école maternelle.

3.      Un partenariat de proximité avec les structures de la petite enfance du quartier et avec les parents des enfants de deux ans qui doivent être tout particulièrement associés à l’école (présence lors de l’accueil du matin, participation à certaines activités, espaces de rencontres parents – professionnels..), d’où l’intérêt d’une scolarisation de proximité.

4.      Enfin des locaux adaptés : des espaces de repos, de récréation proches d’une structure de jardins d’enfants ou de crèche.

Qu’en est-il maintenant de votre projet et de la délibération présentée.

Globalement nous partageons les axes et les priorités annoncées. A savoir une priorité pour les familles dont les enfants n’ont pas fréquenté de structure collective, une journée allégée, un partenariat fort avec l’Education nationale et la PMI… Les classes seront limitées à 20 enfants. A ce sujet d’ailleurs pouvez-vous nous dire Mr Malbet, combien de classes nouvelles de TPS vont être créées et quel sera précisément leur encadrement. Concrètement, pour la ville cela voudra dire : combien de postes nouveaux d’atsem vont être créés. ?

Par contre nous ne nous satisfaisons pas de 2 aspects de votre projet :

Le premier porte sur la territorialisation de l’accueil dans 4 sites pour l’ensemble de 4 grands territoires : les quartiers Teisseire- Léon Jouhaux- grand châtelet, les quartiers villeneuve,VO-Beauvert et le quartier Mistral- Lys rouge . En effet les enfants vont venir par cohorte d’une école ou d’une autre et se retrouver dans un lieu excentré, loin de leurs repères et de ceux de leurs parents, rendant plus difficile le partenariat de proximité indispensable à cette pédagogie.

Le deuxième, et il est capital, c’est le manque de perspectives tracées pour l’accueil et la mobilisation des parents dans votre projet. La participation et l’accueil du père et de la mère de ces enfants est presque tout autant cruciale que celle de l’enfant quand on connait le lien affectif qui les relie à l’âge de 2 ans. Cet aspect relève essentiellement de la volonté et de la dynamique de la ville et non directement de l’Education Nationale.

A ce sujet d’ailleurs, vous inscrivez cet axe dans le Projet Educatif de Territoire. Tres bien. Mais alors comment ce fait il que les parents et leurs associations, présentes dans le comité de pilotage du PeDT n’aient pas été consultées. Car s’ils l’avaient été je suppose qu’ils auraient été très vigilants sur l’exigence de la participation des familles à ce projet.

En espérant que vous trouviez des solutions correctes sur ces 2 aspects nous voterons pour cette délibération