paul-bron-cm-26-09-2016Intervention de Paul BRON –

Ma première remarque sera pour souligner de façon positive, la mise en place des Projets Educatifs de Territoire dans les villes de France. Issue de la réforme de l’école initiée par Vincent Peillon en 2013, cette initiative a enfin donné un cadre à un partenariat local des acteurs de l’éducation.

Il faut rappeler qu’il y a seulement 3 ans, quasiment aucune règle ne régissait les temps périscolaires qui échappaient à toutes les réglementations,  aussi bien au niveau des contenus éducatifs, les activités étaient souvent qualifiées de garderie, qu’au niveau de l’encadrement et de la formation des intervenants.

La norme était autour de 25 à 30 enfants pour un animateur. Comme à Grenoble d’ailleurs. La mobilisation des villes pour mettre de la qualité dans les activités périscolaires constitue donc un énorme progrès qu’il va falloir transformer progressivement.

En ce sens la continuité de l’essentiel des innovations mises en place dans le PEdT de Grenoble en 2013 est une bonne chose : le taux d’encadrement inchangé, le processus de recrutement des animateurs, leur formation, l’implication des associations éducatives…

Je rappelle au passage à l’adjoint aux finances que la diminution de moitié des taux d’encadrement du périscolaire avait entrainé une augmentation importante du recrutement des animateurs. Ce que vous avez fortement critiqué. Mais ce que vous n’avez absolument pas modifié d’un poil. Il faudra donc  être un peu plus cohérent dans vos critiques.

Par contre je trouve que votre projet manque d’une charpente, d’une structure, d’un objectif prioritaire qui lui donnerait une force. Par exemple prendre l’axe «  lutte contre les inégalités éducatives » et le décliner dans un certain nombre d’action. On y gagnerait en lisibilité et en cohérence. Et cela viendrait alimenter l’arlésienne de votre bouclier social.

Pourquoi la lutte contre les inégalités éducatives. Parce que c’est bien la l’enjeu essentiel actuellement, alors que l’écart se creuse, entre les enfants dont la voie est toute tracée et ceux qui seront relégués. Une commune a, elle aussi, aux côtés de l’école, un potentiel énorme de soutien ou d’initiatives pour développer des projets éducatifs. A ce sujet, on reste sur sa fin à la lecture de votre texte, qui évoque ça et là des intentions louables certes, mais peu concrètes.

Alors ma 1ere question est : la lutte contre les inégalités éducatives est-elle vraiment une de vos priorités Mme la 1ere adjointe. Et comme vous allez me répondre positivement,  merci de me signaler comment allez-vous vous y prendre concrètement, au-delà des grands mots et des belles intentions ?

Vous annoncez que votre projet va se structurer autour des parcours éducatifs. C’est une bonne chose. En effet l’enfance, l’adolescence ne sont pas des états figés mais correspondent à des processus en développement. L’éducation nationale a d’ailleurs mis en avant cette dimension depuis plusieurs années et en a fait un des éléments essentiel de la réforme du brevet des collèges par exemple.

Je souhaiterai vous suggérer une dimension supplémentaire qui, je pense aurait du sens avec une priorité éducative en direction des enfants les plus en difficulté mais aussi de tous les autres. C’est la dimension du parcours collectif. En effet on ne nous donne à voir en général, et ce n’est pas que votre cas,  que la voie individuelle d’un parcours et cela peut contribuer entre autre, à alimenter la concurrence et la compétition. Alors qu’à mon sens, il faut aussi questionner le parcours éducatif pour qu’il constitue réellement un outil de transformation sociale et de développement local. Et donc à la fois un élément de construction de sa propre identité mais aussi  de l’identité collective du groupe et du quartier, de la ville de la nation et plus globalement le projet de devenir un « citoyen du monde ».

Dans le texte votre organisation théorique autour du parcours éducatif n’est pas très claire, ni structurée. Par exemple vous mélangez parcours éducatifs et droits de l’enfant. Ce n’est pas du même registre. La question des droits de l’enfant est un sujet important en soi et mériterai tout un chapitre, pour énoncer comment vous allez vous y prendre.

Enfin l’axe essentiel d’un parcours éducatif, c’est la question de l’articulation entre les différentes étapes du développement de l’enfant et les structures d’accueil à chacun des âges.

L’articulation CM2 / 6eme est capitale et souvent douloureuse pour certains enfants, je ne retrouve pas cette dimension dans votre Pedt. Quant à l’articulation avec l’école maternelle, je renouvelle ma déception à constater votre manque de pugnacité à vouloir développer les « classes passerelles «  à Grenoble. C’est vrai le niveau local de l’EN n’y est pas favorable, mais c’était pareil en 2012. Il a fallu faire le siège du ministère pour arracher et maintenir les moyens d’une classe passerelle. Ce que j’en ai retenu c’est qu’il faut être volontariste et savoir négocier ici et la haut, pour développer une politique éducative qui contribue progressivement à la lutte contre les inégalités, car ces inégalités-là ne dérangent pas tout le monde.

Nous avions engagé d’autre part toute une dynamique avec la Drac, autour d’un parcours éducatif culturel et éducatif dans les écoles et le périscolaire. Et là ma question se retourne vers l’adjointe à la culture : où en êtes-vous de ce projet ?

Vous osez encore une fois parlez d’ « enjeux partagés ». 2 réflexions à ce sujet :

Nous savons tous qu’il est difficile de mobiliser certains parents par une invitation à des réunions avec la Mairie. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas préoccupés par la scolarité de leurs enfants, bien au contraire, mais plutôt parce que ce style de réunion n’est pas le bon mode de communication. Avez-vous vraiment partagé ces enjeux avec les familles des quartiers populaires. J’ai participé à plusieurs réunions et la présence des parents était bien faible.

Pour ce qui est de la votation. Rappelez-vous que le projet choisi très majoritairement par le vote des familles est un camouflet quant à votre proposition initiale, qui était une véritable usine à gaz. Ils ont choisi de conserver le modèle initial d’une école qui finit à 16h pour toute la ville et ils ont bien eu raison. Quant à la suppression de la gratuité des activités périscolaires, elle n’était pas proposée à la votation, donc on ne peut certainement pas dire qu’elle a été partagée. Je vous fais le pari d’ailleurs, que dans quelques années, sous prétexte de difficultés financières, tout le périscolaire deviendra payant.

D’ailleurs au sujet de la concertation, je pense qu’il serait sain pour tous les grenoblois, et je me tourne vers l’adjoint à la démocratie locale, il serait sain de savoir ce qui peut faire l’objet d’un choix partagé et ce que vous estimez être de votre unique décision. Nous en avons tous fait la douloureuse expérience lors de votre plan d’austérité il y a 3 mois et encore une fois, ce soir, avec la pétition sur la tarification des parkings.

Encore quelques remarques et quelques questions :

–          La lecture publique fait partie, elle aussi, des politiques éducatives d’une ville, vous n’en parlez pas du tout. Comment allez-vous remédier à la fermeture des 3 bibliothèques ? comment allez-vous conserver une même qualité de fréquentation des enfants et des classes dans les bib ? Comment allez-vous compenser la perte de ces équipements éducatifs dans plusieurs quartiers populaires de la ville ? Cette mesure ne va-t-elle pas se faire au détriment des enfants les plus en difficulté ?

–          La santé, l’environnement, sont aussi des facteurs à prendre en compte dans l’éducation. Comment conserver une même qualité des services de santé scolaire quant vous diminuez ses missions et ses moyens ? Vous nous préparer un nouveau plan de déplacement dans Grenoble en surchargeant certains axes de circulation. Et certains de ces axes vont passer devant des écoles et donc augmenter la pollution et le bruit. C’est un comble pour des écolos. Regardez la carte de la pollution sonore et où sont placées les zones rouges, vous y trouverez plusieurs écoles.

–          Vous souhaitez repenser l’usage des bâtiments scolaires, et bien nous sommes d’accord. Nous avions commencé à mutualiser certains espaces des écoles avec le quartier, nous appelions cela les futures « Maisons de l’éducation ». Nous sommes prêts à y réfléchir avec vous si vous le souhaitez.

D’autres questions :

–          Qu’en sera-t-il de la place des ETAPS et des intervenants musique du conservatoire dans les temps périscolaires. Vont-ils y intervenir au détriment de leur investissement pendant la classe ? dans le même esprit, maintenez-vous la consigne « d’autant d’Atsem que de classe » Tout cela n’est pas très clair dans votre projet.

–          Au niveau des projets d’école : que va devenir la mobilisation autour du projet de vidéo documentaire de l’école du grand Chatelet ? Vous évoquez le soutien scolaire sur le quartier mistral, ou en êtes-vous du projet éducatif sur la VN qui a mobilisé de nombreux acteurs ?

–          Pourquoi maintenez-vous la concurrence des activités du périscolaire entre gratuites et payantes avec les associations alors que c’était la un élément essentiel de votre critique ?

–          Comment abordez-vous l’activité « aide aux devoirs ». Vous l’appelez d’ailleurs « aide aux leçons » ce qui n’est pas très juste car il est aberrant de faire « l’école après l’école ». Je l’avais appelé « accompagnement scolaire » pour me permettre par la suite de tenter de fédérer les différentes interventions de soutien organisées par de multiples associations. Si j’ai bien compris elle ne se fera que sur les 2 jours gratuits. Allez-vous diminuer l’encadrement et mettre par exemple un animateur ou un instituteur pour 10 élèves pour que cette aide soit de qualité ?

Voilà pour terminer, notre groupe regrette que vous n’insistiez pas davantage sur des activités nouvelles en direction des quartiers et des enfants les plus en difficulté et que votre projet manque de souffle quant à  ces perspectives.

Il y a plus de 2500 enfants, en difficulté à Grenoble, et la ville pourrait  jouer un rôle majeur, aux côtés de l’école, pour qu’ils ne soient pas les « laisser pour compte » des politiques éducatives locales.