Intervention de Jérôme SAFAR

 

Par rapport à ce que vient de dire mon collègue Paul BRON, moi je ne vous crois pas et je ne suis pas le seul.  Je crois qu’il y a ici et ailleurs beaucoup de gens qui ne vous croient plus. Mais ce n’est pas le sujet et c’est toute la malignité du débat de ce soir.

Si on débat de la démocratie participative pendant des heures, on est à côté du sujet qui est quand même l’avenir du réseau de lecture publique de la Ville de Grenoble.

Si je ne vous crois pas, c’est parce que finalement vous avez décidé de fermer vite avant toute concertation et, ce soir, vous venez avec un plan de concertation qui finalement aurait dû être le début de ce dossier … mais il vient maintenant.

Trop tard ? Je ne sais pas et personne ne le sais parce que je suis de ceux qui pensent qu’en politique, il n’est jamais trop tard pour essayer de discuter et de trouver des solutions.

Mais, il y a un fait et il est têtu. Corinne Bernard, ce soir, nous présente une délibération qui acte définitivement la fermeture de deux bibliothèques dans des quartiers sensibles de la ville  et en posant toutefois des questions de fond en termes culturel et de lecture publique.

J’ai lu la délibération, il y a des choses qui méritent en effet que nous nous y penchions et il y a aussi des absences surtout si on ferme ces équipements-là dans ces quartiers-là.

Le premier point, c’est la disparition du volume d’heures de professionnels auprès de publics extrêmement en besoin de médiation sur un secteur sensible celui de la lecture publique.

Demain, qui fera ce travail de médiation au quotidien dans les relais lecture ?

Il y aura parfois l’apport des professionnels mais il y aura aussi les associations. Qui va faire le choix de ces associations ? Quel contrôle aurons-nous sur ce qu’elles feront en direction des publics et surtout des jeunes publics parce qu’on ne parle pas de choses neutres, on parle d’un accès à la lecture, on parle d’accès à des œuvres qui vont faire demain les citoyens de Grenoble. Quels livres allons-nous pouvoir leur proposer, leur conseiller ?

Vers quelles lectures allons-nous les orienter parce que c’est ça le travail auprès des jeunes lecteurs.

Ensuite un deuxième point. Guy TUSCHER a raison sur un point essentiel,  c’est que quand on fait le calcul du gain financier escompté, il est minime !

Mais quand on regarde potentiellement la casse sociale et culturelle déclenchée par cette décision, qui peut ici dire la main sur le cœur qu’elle est minime et en conséquences exactes et équivalentes.

Enfin, il y a en effet une question qui s’ouvre à toutes les villes aujourd’hui.  C’est,  demain quels seront les modes de lecture, bibliothèques ou pas ? Quelle sera demain la capacité que nous aurons de développer par exemple la bibliothèque numérique ?

Allez-vous me dire mes chers collèges que dans ces quartiers où vous fermez des équipements l’accès au numérique est le même que dans tous les autres quartiers de la ville de Grenoble ? Moi je n’y crois pas !

L’outil un peu plus accessible qu’il y a quelques années parce que les choses se développent. L’accès en revanche à internet y compris pour des raisons financières est toujours une difficulté pour certaines familles et nous le savons.

La médiation aussi pour des familles qui ont des parcours de vie qui font qu’elles viennent de l’étranger font que l’accès à internet et au numérique n’est pas aussi évident que cela si on veut demain s’assurer que leurs enfants et eux-mêmes aient accès à un patrimoine littéraire,  qui est celui qui va faire sens commun demain et après-demain pour Grenoble et au-delà.

Donc, oui nous devions avoir un échange sur l’ensemble de ces politiques là, sur la fréquentation des équipements, sur ce que vous attendez de cette évolution là quand vous nous parlez d’un « Plan lecture  2025 ». Huit ans, cela veut dire que vous avez des objectifs peut-être plus précis ou encore à préciser. Autant le dire.

Enfin, et je reviens sur quelque chose que j’avais évoqué à l’avant dernier Conseil Municipal, entre le temps où les porteurs de la pétition qui avaient exposé ici leurs revendications, la pétition et leur démarche,  et aujourd’hui,  la Ministre de la culture n’a eu de cesse de d’affirmer qu’elle était prête à appuyer les collectivités locales et territoriales en matière de lecture publique.

Monsieur le Maire, je vous le demande : y a-t-il eu des initiatives officielles publiques ou pas qui ont été prises en direction de Madame NYSSEN pour voir si nous pouvions trouver d’autres portes de sortie à ce qui est présenté ce soir ?

C’est aussi important parce qu’à ce moment-là il faut prendre le Gouvernement au mot lorsqu’il dit qu’il est prêt à soutenir les collectivités sur certains points. Nous aurions tort de nous gêner surtout que c’est un des rares points ou il le dit assez fortement.

Donc voilà mes chers collègues, je pense que ce débat-là n’est pas un débat sur la démocratie participative. D’une certaine façon vous l’avez clos définitivement ou presque et que si nous partons peu de cela ce soir alors nous serons tombé dans un piège collectif en ne parlant pas de l’accès à la lecture publique, de ce qui fait qu’un petit citoyen de demain n’a pas accès à un patrimoine littéraire qui dans notre veut dire quelque chose, a du sens, signifie la capacité qu’ils auront  demain de s’insérer pleinement et d’être des citoyens apaisés, émancipés et participatifs.