sarah boukaala cm 23 05 2016Intervention de Sarah BOUKAALA

Chacune et chacun d’entre nous mesure l’importance de cette discussion sur le PADD puisque ce dernier est un document qui engage la ville, et donc au-delà la Métropole à long terme même si le débat de ce soir n’est qu’une étape dans la construction de ce PADD. Ce n’est qu’une étape donc du futur projet de ville qui sera intégré, lui au futur PLUI. Pour faire plus simple, nous discutons ce soir des grandes orientations en matière d’aménagement du territoire de la Ville de Grenoble, débat qui ensuite aura lieu à la Métropole.

Ce sont des enjeux énormes pour notre vie quotidienne et l’on peut penser qu’un regroupement de 49 communes sera plus à même de régler les gros points noirs de notre territoire. Je pense au carrefour du rondeau, à l’engorgement de nos autoroutes urbaines, au développement des commerces et bien sûr à une meilleure répartition de l’habitat et principalement de l’habitat social.

Mais aussi d’autres enjeux porteurs d’avenir pour notre métropole : liens entre la ville et la montagne, au tourisme par ex aux futures liaisons par câbles, ou aussi à la solidarité dans l’accueil des réfugiés, à une volonté collective de réduire les inégalités, au rayonnement extérieur de notre territoire au niveau de la France mais aussi au niveau européen.

Avant d’évoquer les objectifs qui y figurent, je souhaiterais dire un mot sur le ton que vous employez notamment dans l’introduction de votre document.

Cette introduction, si elle a le mérite de s’inscrire dans la logique de toutes les prises de position de votre municipalité, recèle un caractère par ailleurs désormais habituel mais toujours aussi insupportable, celui de taper de manière caricaturale et quasi monomaniaque sur tout ce qu’ont fait vos prédécesseurs. A vous lire, une personne qui voudrait habiter Grenoble prendrait surement ses jambes à ses coups si elle prenait pour argent comptant la description d’une ville, du tout-voiture et du tout-béton, de l’industrie lourde et propice aux gaspillages !

Cette manière de faire est d’autant plus caricaturale qu’elle va à l’encontre d’un des buts de ce PADD qui est de construire une ville via la plus grande concertation possible. Je serais curieuse que vous m’expliquiez comment on fait de la concertation en stigmatisant ses prédécesseurs et tous ceux qui ne pensent pas comme vous.

Et puis, pour en terminer avec l’introduction, je ne voudrais pas faire l’impasse sur votre méthode de concertation.

Vous le faites d’abord via un nombre de réunions très limités : deux réunions publiques seulement plus un atelier lors des assises citoyennes de janvier. Franchement, Monsieur le Maire, sur des orientations qui engagent la ville pour longtemps, cela ne fait pas beaucoup !

Et puis comme vous le décrivez vous-même dans la délibération, cette concertation s’est plutôt réduite à de l’information et je cite : Lors de la première réunion « les élus municipaux ont exposé les grandes lignes de leur projet de ville et ont répondu aux questions des habitants. Des universitaires ont apporté leur éclairage. » Bon, c’est très bien mais il s’agit là d’information. Lors de la deuxième réunion publique, la centaine de personnes présentes a pu exprimer ses avis sur un avant-projet de PADD qui était consultable sur le site Internet de la Ville ». Là aussi, ce n’est pas, pour nous de la concertation, ce sont des réunions d’informations.

Venons-en maintenant au fond.

La limite d’un PADD, c’est qu’il peut parfois ressembler à un catalogue de bonnes intentions, intentions sur lesquelles, tout le monde ici, à l’exception peut-être du Front national tout le monde ici serait d’accord.

Qui peut s’opposer au projet d’une ville désirable et solidaire ? D’une ville où l’offre de logements répond aux besoins de tous ? D’une ville où la santé des habitants s’améliore ? D’une ville attractive sur le plan économique ?…

Je ne rajoute pas « d’une ville robuste et résiliente », parce que j’avoue je ne comprends pas bien ce que vous avez voulu dire ! Autant j’étais, plus jeune, naturellement adepte de la bibliothèque verte, autant votre littérature verte m’apparait parfois un peu hermétique.

Pour être honnête, ce catalogue de bonnes intentions ne vous est pas spécifique ; toutes les municipalités jouent ce jeu.

Ce qui est malgré tout gênant, c’est que l’ensemble de projets très ambitieux, ne colle pas avec la réalité des projets dont nous apprenons l’existence au fur et à mesure soit au détour d’un article de presse comme l’aménagement de la place Charles Dulin ou les 400 logements d’Alpexpo lors du Conseil d’Administration de la structure.

Parlons du logement par exemple ; je loue bien sûr votre souhait d’offrir la possibilité à tous les Grenoblois de se loger dignement et à un prix abordable ; ce qui passe à vos yeux par la rénovation du parc de logements anciens, la réduction des inégalités territoriales, la production d’une offre de logements neufs, avec des qualités semblables à celle de la maison individuelle, notamment en matière d’espaces extérieurs, et cela en fixant un objectif ambitieux au-delà des obligations de la loi de 30% de logements sociaux à échéance post 2025 ! Rappelons qu’actuellement seules 4 à 5 communes assument vraiment cet engagement. Beaucoup d’élus craignent que d’accueillir ce type de logement dégradera l’image et l’équilibre social de leur commune. Il faut réaffirmer que cette exigence relève non seulement de la solidarité, mais aussi du droit au logement pour tous. Nous ne réglerons pas un certain nombre de difficultés qui relèvent du vivre ensemble et la tranquillité publique sans un partage plus équitable. Les ghettos de riches sont aussi néfastes que les ghettos de pauvres.

 

Mais une fois que j’ai loué votre ambition, en tant qu’élue responsable, je me pose inévitablement la question que je vous renvoie : Où comptez-vous les construire alors que vous avez mis fin au projet Esplanade et Flaubert tels qu’ils étaient prévu ? Comment comptez-vous assurez les 25% de logements sociaux alors même que de votre propre aveu, résoudre le problème de la vacance des logements est difficilement faisable pour une collectivité puisqu’il s’agit pour beaucoup de logements privés ? A priori, quand on fait le compte, nous ne pouvons qu’en déduire que le projet d’Alpexpo, s’il voit le jour, vous permettra peut-être d’atteindre ses objectifs … Mais, alors, qu’en sera-t-il alors de la mixité sociale ? Il ne faudrait pas arriver à terme à une situation où on stoppe la densification au nord en bétonnisant le sud de la commune.

Un PADD,  Monsieur le Maire, c’est un document prospectif qui doit être un trait d’union entre le souhaitable et le possible. En tenant compte, et c’est un exercice de modestie, de toutes les incertitudes liées aux règlementations qui vont évoluer, aux moyens financiers qui fluctuent…

C’est un exercice de démocratie c’est aussi un exercice de responsabilité.

En responsabilité, il ne me gène pas de dire que nous partageons bon nombre de vos objectifs, lesquels sont parfaitement louables, je ne demande pas mieux que l’on développe la production agricole en milieu urbain, mais je me demande par contre comment l’on fait.

Car si le développement de l’apiculture en ville, qui constitue une démarche très pertinente, si ce développement est possible du fait de la taille modeste des surfaces impactées, comment faites-vous par ailleurs pour trouver des parcelles cultivables, sachant qu’il vous faut aussi consacrer des terrains à la construction de logements et l’implantation d’entreprises, le tout sans étalement urbain !

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce document, des pistes pour améliorer le dynamisme de la ville, son attractivité, son cadre de vie et nous sommes prêts à travailler avec vous, dans cette enceinte comme à la Métropole, pour que ces pistes se traduisent demain par autant de projets concrets si vous prenez réellement en compte certaines alertes comme celles que nous avons faites sur la délibération « Cœur de Ville, Cœur de Métropole ».

Parlons enfin d’un sujet qui  n’apparait pas dans cotre PADD ou en tout cas, de manière trop marquée : l’éducation. Il est nécessaire de réfléchir à une répartition mieux équilibrée des établissements scolaires, collèges et lycée sur notre agglomération, avec le CD , le CR et bien sur l’EN. Parmi la quinzaine des lycées de sections générales de l’agglo, ils sont presque tous situés à Grenoble. Il serait plus rationnel et cohérent que la réflexion sur l’urbanisme et l’habitat soit couplée avec la proximité des équipements scolaires. On pourrait d’ailleurs faire la même réflexion pour les équipements sportifs ou culturels.

 

Au final, nous vous demandons simplement de moins nous abreuver de formules grandiloquentes qui laissent à penser qu’avec vous, Grenoble sera la ville rêvée quand elle était hier une cité à éviter.

Je ne sais pas, Monsieur le Maire ce qu’il adviendra de ces barrières physiques et mentales qui sont évoqués page 11 dans le manque de liaison entre les différents quartiers ou entre communes, mais je souhaite que nous pourrons ensemble construire un PADD utile à tous nos concitoyen.

C’est le vœu que je forme au nom de mon groupe en prenant acte de ces orientations.