olivier noblecourt  cm du 20 juin 2016  1Intervention d’Olivier Noblecourt –

Un mot en réaction à ce que vient de dire Klaus HABFAST notamment sur la partie logement parce que bien sûr il y a des parties de la rédaction d’un PADD qui sont un peu convenues mais je ne peux que souligner qu’on est souvent dans ce type de document dans le « tout va bien », dans le « tout ira bien », dans la prophétie auto-réalisatrice bien éloignée des contingences réelles que nous vivons et que vivent nos concitoyens. En effet, on égraine des bonnes intentions, des poncifs, on habille d’un vocabulaire somme toute assez pompeux.

Ce qu’il faut reconnaître dans ce PADD tel qu’il est présenté, mais j’espère que Vincent FRISTOT  me répondra et sera en mesure de lever les craintes que je vais exprimer et qui ne sont pas nouvelles puisque je les avais déjà exprimées au début du travail de cette Majorité parce qu’il me semble que ce PADD est porteur d’un double renoncement et donc, il me semble important de le porter dans notre débat collectif.

D’abord, malgré les mots,  malgré les phrases, malgré les grandes envolées lyriques, ce PADD porte un vrai renoncement sur les politiques de solidarité. Ce renoncement sur les politiques de solidarité ne touche pas que les enjeux liés au logement, il est déjà à l’oeuvre dans l’action sociale. Des actions du quotidien, des actions qui oeuvrent pour le lien social sont aujourd’hui sacrifiées. On se demande pourquoi ?

En tout cas, il y aujourd’hui un risque du délitement d’un certain nombre de solidarités de proximité dans notre ville. J’ai pu voir un document sur la présentation du bouclier social et écologique de l’actuelle majorité où il n’y a pas une mesure nouvelles par rapport à ce qui était fait avant et où on présente la non augmentation des impôts comme la première mesure de solidarité en oubliant qu’il y a 40% des ménages grenoblois qui ne paient pas d’impôt et qui sont plafonnés au plan local. Donc c’est montrer le niveau de préoccupation à la réalité sociale de votre majorité. Et je n’évoque même pas le fait que la baisse des indemnités des élus figure dans votre bouclier social ce qui montre bien un certain état d’esprit.

Le deuxième élément c’est que sur le logement, cela fait deux ans que nous vous interrogeons  sur votre capacité à tracer une perspective concrète. Alors maintenant, c’est un PLUI pour 2018… très bien.

Dans ce document où vous évoquez 300 logements sociaux construits sur Grenoble et vous évoquez l’hypothèse de 650 logements en tout sur la ville. Alors il faut être clair là-dessus, d’abord c’est un rythme sur le logement social légèrement en deçà de ce qui a été fait avant mais c’est tout de même ambitieux. En tout cas si c’est réalisé, c’est passe si mal.

Sur le logement tout court, c’est en régression ce qui signifie très concrètement que puisque Grenoble continue d’avoir un solde migratoire défavorable et un solde démographique naturel à peu près stable, cela signifie que si nous n’augmentons pas la production de logements, nous réduisons la population. Tout simplement parce qu’il y a un vieillissement des habitants, de plus en plus, et c’est  une tendance à la réduction du nombre de personnes par ménage et donc par logement, que l’on observe depuis de nombreuses années, et donc même si l’on a des politiques publiques, et vous les réaffirmez, qui permettent de l’endiguer,  on a aujourd’hui ces réalités et qui sont aggravées par l’ambition que vous affichez et c’est bien le moins puisque c’est la loi de passer à 25 % de logements sociaux sur la ville, vous écrivez même, et cela ne mange à de pain que vous pourriez aller jusqu’à 30 %. Après…

Le problème c’est que rien dans le document, strictement rien, ne vient étayer cette belle ambition. Vous reprenez les propos sur le fait que vous allez mobiliser le parc vacant.  Tout le monde a essayé par le passé de mobiliser le parc de vacant, de réhabiliter le parc privé dans l’ancien dégradé, on est tous d’accord avec cela sauf que les chiffres sont têtus et sont cruels : ce ne sont pas aujourd’hui des leviers de politiques publiques qui sont à la hauteur du défi de l’évolution de la population de notre agglomération.

Pour que chacun ait quelques données en tête, le rythme de production sur le dernier mandat c’était un peu moins de 3000 logements produit sur l’agglomération par an dont 1200 logements sociaux.

Maintenir cet effort, c’est déjà considérable et les travaux préparatoires qui ont lieu au niveau de l’agglo j’imagine sur le PLH et le PLUI faisait apparaître un besoin d’augmenter ce volume de production et on voit bien aujourd’hui que dans ce qui est indiqué dans les documents d’orientation, on est très très loin d’avoir des éléments matériels qui permettent d’ajouter un quelconque crédit à l’ambition qui est affichée : pas de Zac, pas de création, pas de zones spécifiquement dédiées demain au-delà de ce qui existait avant sur le renforcement de l’offre de logements et notamment de logements sociaux à bas prix.

Et puis il y a toujours cette rengaine de l’exemplarité, ce besoin d’expliciter en permanence la volonté de privilégier la qualité sur la quantité, tout cela on sait bien, on avait eu le débat avec Vincent FRISTOT, c’est malthusien en terme de production d’offre de logements.

Tout simplement parce que je sais que le coût marginal du dernier kilowatt-heure économisé pour améliorer la performance thermique d’un logement est bien,  il est exponentiellement plus élevé que le kilowatt-heure précédent, et donc par définition, et je ne veux pas opposer l’environnemental au social, il y a parfois des volontés en apparence positives mais qui cachent derrière elles des conséquences sur le volume de production qui peuvent être particulièrement néfastes.

Et au-delà des doutes qu’on peut avoir, et qui ne demande qu’à être dissipés sur votre ambition en terme de production de logements sociaux qu’on a quand même pas beaucoup vu ces deux dernières années, c’est le moins qu’on puisse dire, il y a le risque que cette vision malthusienne de la ville, « l’entre soi »,  « la ville à taille humaine », on dédensifie, on est entre nous, tout va bien, la vie est merveilleuse, on végétalise, tout cela est bien sympathique mais la difficulté c’est que cela risque d’aggraver les difficultés entre le nord et le sud de la ville.

Lorsque vous publiez aujourd’hui un certain nombre de diapositives où on voit vos stratégies et vos priorités d’équipement.. . où sont ces équipements ? Lorsque vous annoncer que vous voulez créer 400 logements sur le site d’Alpexpo,  vous pensez que c’est là qu’il faut densifier aujourd’hui ?

Donc on est aujourd’hui dans une logique où on chicane sur quelques dizaines de logements sociaux au nord et où on n’a  aucun état d’âme à en créer des centaines au sud. Et en réalité vous êtes dans une logique aujourd’hui où vous allez contribuer à aggraver les déséquilibres urbains au sein de la ville.

Et même, où est mentionné le grand projet ANRU dans ce document ? Ou faites-vous du renouvellement urbain dans les quartiers les plus difficiles ?  là où une majorité de gauche devrait avoir une priorité totale. Ou l’évoquez-vous ? Ce projet est dans les limbes aujourd’hui, Quels sont vos intentions aujourd’hui sur les projets ANRU pour la ville, quelle est la somme que vous voulez investir et quelle est votre stratégie sur à la fois le parc privé et sur la production de logements ?

Je suis navré de le dire ici mais la perspective aujourd’hui n’est pas suffisamment dessinée et tout cela donne un autre tableau que celui que votre présentation veut faire accroire qui est un peu en effet le meilleur des mondes localo-local, grenoblo-grenoblois.

La réalité, c’est que cette ville de l’entre soi, cette ville qui peut voir sans regret sa population diminuer, c’est une ville qui se prépare des déconvenues au plan économique, au plan des commerces de proximité, de l’offre de service public parce que moins d’habitants, c’est moins de commerces et c’est moins de service public il faut d’abord et toujours rappeler cela.

Le second renoncement, il est évidemment lié aux déséquilibres que j’évoquais à l’intérieur de la ville et c’est emblématique du point de vue des dossiers ANRU, c’est qu’il y a un discours sur l’agglomération sur les coutures, sur les frontières entre la Ville-centre et les autres villes.

Mais où est la réflexion sur les grandes fonctions métropolitaines et la façon dont elles sont exercées et réparties sur notre territoire ? Sur les grands enjeux économiques ? Vous parlez de développer l’offre de services aux entreprises.  Ou ? comment ? avec quelle stratégie ?

Sur le logement, je viens de le dire, sur les grands enjeux de déplacement, on sait bien qu’il y a aujourd’hui un certain nombre de difficultés à avoir de grands projets mobilisateurs.

Nous sommes aujourd’hui dans une ville qui risque de renoncer à son leadership politique lié à son exemplarité à l’échelle de l’agglomération grenobloise et de la métropole.

La légitimité et la capacité à être à l’avant-garde des évolutions métropolitaines, ça aussi cela fait partie de la belle histoire de la ville de Grenoble et cela a été toujours lié au fait que les élus grenoblois considéraient qu’ils avaient un devoir d’exemplarité et donc que Grenoble devait aller au-delà de ce que l’agglomération devait faire.

Aujourd’hui, notamment dans le logement, vous montrez le choix inverse est donc à force de non-choix vous risquez de laisser notre ville au point mort dans une situation où finalement derrière ces grands discours et ces grandes déclarations d’intention, on laisse prospérer des inégalités et des réductions des services sociaux et des services publics.

Il n’y a donc pas de changement de paradigme dans ce document mais il y a bien le risque d’une ville qui se rabougrisse dans les années à venir.

 

En réponse par la suite

C’est un débat important pour l’avenir de la ville et je veux juste dire, que je fais partie de ceux qui sont prêts à travailler pour rechercher le maximum d’objectifs communs et de capacités à travailler au-delà de l’agglomération sur des visions partagées.

Simplement, ce serait bon pour arriver à cela, de sortir cette espèce d’argument d’autorité qui marche en période électorale mais qui n’a aucun sens dans des débats concrets de nous renvoyer vers le monde d’hier.

Parce que certes, il y eut des échecs, on n’a pas tout réussi, sinon cela se serait vu. On a évidemment connu un certain nombre de moments où nous n’avons pas répondu comme nous l’aurions espéré à un certain nombre de besoins de nos concitoyens, nous n’avons pas su nous expliquer, nous n’avons pas su être compris,

Mais cela n’autorise pas à dire que l’agglomération de Grenoble  qui est une de celles les plus en pointe aujourd’hui et qu’il l’était déjà il y a quelques années sur des politiques publiques intégrées, aurait loupé tous les trains !

Je rappelle que la métropole grenobloise avant qu’elle soit Métropole, alors que certains parmi vous étaient pour la dé métropolisation d’ailleurs, du fait de l’engagement du Député Maire de Grenoble Michel DESTOT. C’est à cette intercommunalité-là que nous devons d’une part des politiques de logement et d’hébergement exemplaires et dont j’espère qu’elles vont être continuées. A part Rennes et Nantes, on fait partie des agglomérations les plus exemplaires sur ces sujets y compris sur des aspects de transition énergétique.

Donc ayez un tout petit peu l’honnêteté de nous dire qu’il y a eu du bon boulot fait par le passé.  Je veux aussi rendre hommage à l’action de Jean-Philippe MOTTE sur le logement et sur l’hébergement. Le PLH qu’il a piloté à l’époque, et j’ai eu l’honneur de travailler avec lui, était un PLH dont on peut et on doit être fiers et j’espère qu’il sera prolongé.

Je veux juste dire et c’est pour cela M. le Maire que je me permets de reprendre la parole que je viens de lire une délibération qui passe au conseil de métropole le 27 mai prochain et qui prévoit de diviser quasiment par deux les aides de la Métropole à la production de logement sociaux. Il n’y aura que 800 logements. Vous limitez à 5,6 millions d’euros le budget de l’aide à la production de logement pour cette année, ce qui est une division par presque deux. Voilà une illustration parfaitement concrète.

Et puis évidemment, on pourrait parler longuement des réussites économiques et université recherche y compris l’IDEX etc. qui doivent être la fierté de notre agglomération et qui sont l’héritage des 20 années de travail dont vous pensez on n’a fait que rater les trains. Pareil sur les politiques de déplacement où il y a eu des réalisations parfaitement exemplaires dans ces années là. Et tant mieux si elles sont poursuivies.

Un dernier mot sur les politiques en silos. Il y a eu un temps où la politique sociale n’était justement pas vue en silos mais était vu à partir de ce que l’on appelle le développement social c’est-à-dire le fait de construire les solidarités avec les habitants sur les quartiers avec un certain nombre d’outils. Je demande et je l’ai déjà fait ici à ce que l’on me fasse la démonstration que ces politiques aujourd’hui ne sont pas mises à mal, voir même supprimées, à un certain nombre d’endroits.

Je me suis suffisamment battu par le passé pour faire sortir le social de l’ornière et de ces politiques en silos qui détruisent l’action sociale en effet pour ne pas maintenant encourir ce type de leçons