Intervention de Jérôme SAFAR

Nous avons à nous prononcer sur une délibération qui n’est qu’une délibération de principe.

Nous n’avons pas de détails très précis sur l’opération, ce qui est normal à ce stade-là, puisque la délibération elle-même explique que nous devrons revenir sur les précisions ultérieurement.

Ce soir, que l’on soutienne ou pas cette délibération, il faut d’abord sortir des pièges que nous nous tendons à nous-mêmes mais qui ayons la lucidité de le dire, piègent d’abord non pas  celles et ceux qui sont dans cette assemblée mais celles et ceux qui sont les plus directement concernés si nos débats ne réussissent pas à être des débats qui posent les questions sans emphase ni raccourci.

Faire en sorte que chacun puisse trouver sa place ici à Grenoble et en France, quasiment, personne ne peut aller contre cette idée-là.

Faire en sorte que les subventions publiques aillent uniquement là où elles doivent aller, personne dans notre pays ne peut aller contre cette idée-là, et c’est un des points sur lesquels il faudra veiller, mais je ne vois pas comment nous pourrions tordre cette règle-là qui fait que nous aurons à nous prononcer sur la part de financement public de l’aspect culturel du projet là où l’aspect cultuel du projet relève du privé avec malheureusement les fantasmes maniés par les uns et par les autres, les inquiétudes mais aussi les réalités qu’il faut savoir regarder sans pour autant stigmatiser.

Veiller à ce que le prix de vente du terrain soit rigoureusement celui que le service des domaines nous donnera, personne ne peut ici aller contre cela même si aujourd’hui nous n’avons aucun document écrit qui nous aurait été fourni nous permettant d’engager la discussion sur ce point.

Mes chers collègues par nos échanges, par nos votes, nous allons permettre ce soir à un culte et aux cultures qui y sont rattachées, et qui sont fortement représentée en France, de nous aider aussi à en mieux saisir la diversité, la richesse et les difficultés qui sont les siennes comme dans beaucoup de religions aujourd’hui qui sont traversées par des extrémismes, par des expressions politiques qui n’ont souvent pas grand-chose à voir avec la religion et contre lesquels il faut lutter sans merci.

Mes chers collègues, aux musulmans de Grenoble, à ceux de Teisseire, nous devons permettre de continuer comme ils le font depuis de très nombreuses années de contribuer à favoriser les échanges et les rencontres pour encore mieux comprendre et connaître l’histoire et les pratiques de cette religion, qui n’en déplaise à certains ici, fait partie du bloc des religions monothéistes, pèse dans notre pays et dans le monde d’une diversité qui fait que bien souvent nous n’en connaissons pas le dixième  dans  la réalité.

Mes chers collègues, pour ce culte comme pour d’autres cultes des équipements, des lieux sont historiquement présents sur notre territoire. Ces lieux racontent, transmettent et témoignent des différences et des ressemblances. Ces lieux lorsqu’ils sont gérés dans le respect et l’esprit des textes de notre République contribuent à créer un chemin commun entre nous. À nous de faire en sorte que nous ne fassions pas de ces lieux là des outils de division.

Ces lieux comptent parce qu’ils ont la possibilité en apaisant et en s’ouvrant sur la ville                  de contribuer à  une connaissance partagée.

Ces lieux comptent parce qu’ils répondent au fait que dans notre monde complexe où les faits alternatifs et les raccourcis brutaux l’emportent en permanence, il est important que nous rappelions ce soir ici à tous les Grenoblois qu’aucune ignorance n’est utile.

Chacun de nos concitoyens doit se sentir, et dépositaire, et bénéficiaire de notre histoire commune, pratiquant ou pas, religieux ou pas, athée évidemment, laïque évidemment.

Ce débat que nous avons n’est pas un débat nouveau. Pour beaucoup d’entre nous, il y a 20 ans, 30 ans, nous nous sommes engagés pour permettre l’existence de mosquées mais aussi d’autres lieux de culte quand c’était nécessaire.

Pour beaucoup d’entre nous, le dossier de la mosquée d’agglomération, il y a 30 ans, devait voir le jour demain. Il n’est toujours pas là.

Mais il y a une vingtaine d’années aussi dans notre pays des Maires se sont engagées sur ce dossier et ces dossiers ont vu le jour comme à Lyon, absolument pas dans la concorde et la tranquillité.

Ils n’ont pas vu le jour dans certaines autres villes comme Marseille ou ailleurs, je parle des grandes mosquées et c’est aussi un dossier qu’il faudra évoquer même si nous savons que c’est un dossier politique autant que religieux.

Il faut donc nous engager avec vigilance sur les financements, par exemple, et nous le devons bien encore davantage dans le contexte de suspicion qui est celui de notre pays traverse mais nous le devons aussi avec clairvoyance pour accompagner tout projet ambitieux qui fasse que l’officiel l’emporte sur le nom officiel tout simplement parce que institutionnellement, cette religion a besoin de nous pour s’installer définitivement et de façon apaisée dans le paysage.

Mes chers collègues, il n’est finalement pas si fréquent dans nos assemblées d’être confrontés à un vote aussi lourd de sens, de responsabilité morale aussi et qui révèle de la conception républicaine qui est la nôtre, de savoir comment nous favorisons la faculté de vivre tous ensemble sur un même territoire. Nous espérons que cela guidera chacun d’entre nous en  conscience et en faisant cela, nous ne pouvons pas ne pas penser à l’action qui a été celle il y a 22 ans de Jean-Philippe MOTTE en particulier sur le dossier déjà de TEISSIERE.

Il était un élu qui évitait au maximum de transformer ces dossiers-là en piège, qui a amené aussi la réflexion avec Georges LACHCAR et Michel DESTOT et l’ensemble des élus de l’époque,  du dialogue entre la collectivité et le dialogue interreligieux, qui nous a évité parfois des incompréhensions qui auraient pu devenir compliquées à gérer.

Alors oui nous voteront cette délibération même si nous avons entendu les remarques légitimes de Matthieu CHAMUSSY sur la méthode.

Notre groupe votera « pour » à deux exceptions, Sarah BOUKAALA s’abstiendra, c’est une position nationale du PRG sur ces dossiers-là, et Olivier NOBLECOURT qui m’a demandé de ne pas participer au vote y compris parce qu’il ne pouvait être présent ce soir et qui ne  souhaitait pas engager son vote sans avoir les tenants et les aboutissants du débat, mais il m’a bien dit que ce n’était rien d’autre en termes de signification.

Merci.