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Grenoble, au-delà de la déception l’attente d’un dialogue annoncé – Humanité.fr

Sur le site du journal de l’Humanité, le 20 juillet 2016

 

Texte collectif. Les premiers signataires : Bleu, Buffle !, CitéDanse, Cie À l’West, Cie Choses dites, Cie Colette Priou, Cie des Mangeurs d’étoiles, Cie du Jour, Cie Encorps à venir, Cie Infini Dehors, Cie Kalem, Cie la Chaudière intime, Cie le Festin des Idiots, Cie les Voisins, Cie théâtrale Müh, Cie Trio mineur, Sylvie Guillermin, chorégraphe, Cie l’Atelier, La Forge, compositeurs, improvisateurs réunis, le Chat du désert, le Tricycle, collectif artistique, les 7 Familles, les Amis de Franck Nogent, les Veilleurs, compagnie théâtrale, Synavi Rhône-Alpes-Auvergne, Troisième Bureau, collectif artistique.

Nous, comédien-ne-s, chorégraphes, musicien-ne-s, danseuses, danseurs, metteur-e-s en scène, responsables et personnels de structures artistiques, de compagnies…, citoyen-ne-s, travaillant à Grenoble, remercions le dramaturge et metteur en scène Joël Pommerat d’avoir par sa tribune du 3 juin dernier, « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle » (1), mis sur la place publique la « drôle » de politique culturelle menée par la majorité municipale conduite par Éric Piolle. « Un cocktail, un bazar, un agglomérat de pièces hétéroclites, foutras idéologiques allant, d’un côté, du plus libéral économique (n’attendez pas tout des financements publics, soyez aussi créateurs en termes de financements, le mécénat privé voilà l’alternative) au plus populiste (la culture pour tous, pas une culture mais des cultures, la culture, ça s’affiche, les artistes professionnels sont des nantis, tout le monde est artiste, opposant dans les faits les artistes professionnels aux amateurs), en passant par l’aspiration révolutionnaire à la décroissance (la sobriété et la frugalité doivent être également appliquées à la culture, qui est une activité humaine comme les autres) », écrit Joël Pommerat.

Le 15 septembre 2015, une vingtaine de compagnies grenobloises et le Syndicat national des arts vivants (Synavi) signaient une lettre (2) adressée au maire et à l’adjointe aux cultures, dans le but de les « alerter sur les effets de leurs décisions, qui, contrairement à la démarche humaniste qui inspire leur action, pourraient l’entacher d’une dérive populiste ». Une lettre ouverte et d’ouverture appelant le dialogue et invitant à se mettre urgemment autour d’une table. Contrairement à Joël Pommerat, nous attendons toujours la réponse à notre lettre. Et nous attendons surtout l’instauration d’un véritable dialogue. Entre-temps, sous couvert de baisses des dotations de l’État (réelles il est vrai, mais en faire le paravent des mesures prises en fait-il une politique ?), le démantèlement que la municipalité nomme « plan de sauvegarde et de refondation » se poursuit. Dire que « la contrainte économique n’est pas une politique mais seulement le contexte d’une prise de décision, laquelle est politique », justifie-t-il les choix politiques qui sont faits depuis deux ans – une baisse du budget culturel de plus de 1 million d’euros –, qui touchent aussi bien de prestigieuses institutions que de très modestes compagnies ? Concernant les théâtres, la ville mentionne que « les théâtres 145 et de Poche, occupés jusqu’alors par le Tricycle, font désormais partie d’un réseau de trois théâtres gérés par la ville, accessibles à l’ensemble des acteurs du territoire pour leurs activités de création et de diffusion » ; oui, mais en omettant de dire que leur programmation est divisée par deux la saison prochaine… Les subventions aux associations continuent à baisser tant pour le socioculturel, l’éducation, le sport que la culture. La mairie annonce aujourd’hui la fermeture de trois bibliothèques – Hauquelin, Prémol, Alliance –, dont deux jeunesse, dans des quartiers populaires… Ce plan de sauvegarde et de refondation se fait sans un réel dialogue – contrairement à ce qui est clamé –, au détriment des habitants, des acteurs de terrain, des professionnels.

Et pour toute justification, l’on entend qu’ailleurs c’est pire, qu’il n’y a pas d’alternative. There is no alternative… Et si derrière ces choix de politique culturelle se cachait une lecture partisane des « droits culturels » ? La déclaration de Fribourg (3) a rouvert le débat sur la culture et c’est tant mieux. Mais c’est en avoir une lecture pour le moins tronquée que d’opposer artistes et amateurs comme le fait – même si elle s’en défend – cette municipalité. Les artistes, acteurs culturels et citoyens que nous sommes ne vivent pas sur une autre planète. Nous vivons dans le même monde, le/la même ville, métropole, département, région, pays… Nous travaillons avec le(s) public(s). Nous partageons avec lui (eux) nos questionnements, nos recherches, nos pratiques…

La première alternative serait d’engager ENFIN un véritable dialogue avec les citoyens que nous sommes. Nous l’attendons, le souhaitons, l’espérons !!! Nous ne voulons pas continuer à être les témoins « atterrés » de la mise à bas de l’histoire artistique récente de cette ville. Nous demandons à nouveau aujourd’hui à Éric Piolle et à son équipe d’accepter de se mettre autour d’une table avec les acteurs culturels, de s’appuyer sur notre pratique et notre expérience pour construire un projet cohérent, durable et accompagner leur réflexion sur la place de l’art et la culture dans la cité. Ce ne sont pas nos intérêts que nous défendons, mais ceux d’une ville pour la bonne gestion de laquelle ils ont été élus.

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