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Lettre ouverte à Eric PIOLLE, Maire de Grenoble

Des conséquences du projet Coeur de ville de Grenoble sur le quotidien des Grenoblois et des Métropolitains

 

Monsieur le Maire,

Nous espérons que vous avez passé un très agréable week-end Pascal.

Il se peut même que vous ayez profité du beau temps, certes un peu frais, pour prendre quelques jours de congés. A ce stade de la campagne et de la venue à Grenoble de l’hologramme de votre candidat maintenant officiel, monsieur Jean-Luc Mélenchon (pour éviter les bouchons et les bibliothécaires ?) nous n’y croyons pas trop, mais après tout, vous avez aussi droit à des vacances.

Certains Grenoblois ont la chance d’être partis et de profiter de la nature, à la campagne, à la montagne et même au bord de la mer, d’autres même iront sans doutes visiter des villes différentes.

A leur retour, ils ne reconnaitront pas vraiment leur ville. Car à la différence de celles et ceux qui, restés à Grenoble pour travailler, ils n’auront pu tester  le nouveau plan de circulation mis en place après une pseudo concertation historique qui fera date. En effet, seul un petit millier de personnes auront permis de valider un choix prédéfini et non négociable.

« Ceci est pour faire le bonheur de tous », et surtout ce celles et ceux qui, comme vous le dites souvent, en toute modestie, ne comprennent pas les enjeux du monde de demain, amplifient la pollution, le bruit  et ont un attachement maladif à la voiture et à ses nuisances.

C’est le côté nuancé de votre approche et de vos propos, jamais culpabilisateurs sentencieux, que de nombreux Grenoblois apprécient… sombres benêts qu’ils sont, cela les apaise de savoir en effet que votre lumière émancipatrice et libératrice va leur permettre de faire un bond en avant (longue marche pourrait prêter à confusion quant à vos choix politiques…) vers le bonheur que vous leur destinez, à l’insu de leur plein gré…dans un monde sans bibliothèques, sans publicité, sans voitures, sans éclairage public, sans fontaines de rue en fonctionnement… une sobriété heureuse quand on peut se la permettre.

Pour tout vous dire, hier, nous avons bien failli crier au génie, une ville dont le centre-ville est aussi calme et vide qu’un dimanche ! quelle formidable idée pour aller flâner !. A ce titre, comment ne pas regretter l’absence d’accompagnement de votre initiative de la CCI qui aurait dû exiger de ses adhérents un jour chômé afin d’accompagner la mise en œuvre de ce nouveau plan. Chômé est bien le terme qui sied à la situation si l’on y prend pas garde, car le succès de votre décision fut tellement foudroyant que Grenoble était vide !  Des rues vides, des boulevards vides, des places vides ! Et beaucoup de commerces ouverts… mais désespérément vides !

Là encore, votre lumineuse idée d’attendre que « tous les Grenoblois »  soient partis en congés démontrait un sens aigu du calendrier, et il fallait s’incliner devant tant de clairvoyance et de bon sens.

Nous étions donc perplexes devant cette ville ressemblant aux villages de far west déserts des BD de notre enfance. Il ne manquait plus que les végétaux secs roulants sur le bitume, poussés  par le vent dont on pouvait même (enfin !) entendre le bruit. Vous aviez réussi votre pari ! Grenoble était d’un seul coup rentrée de plain-pied dans le nouveau siècle, et de la façon la plus apaisée qui soit ! La journée pouvait bien se dérouler, Grenoble à la face du monde entier allait démontrer avec éclat, son génie et sa magnifique capacité d’innovation et d’adaptation dans la promotion du vide, du silence et de l’inactivité !

C’était sans compter sur quelques grincheux  qui commençaient à gâcher la belle fête que vous nous aviez préparée. Les faquins ! Ils osaient poster sur les réseaux sociaux leur courroux devant le temps inhabituellement long passé dans leur véhicule ! Traverser Grenoble leur paraissait insupportable, plus d’une heure coincés sur le cours Jean Jaurès ou Avenue Félix Viallet… jamais contents ces provinciaux qui goutaient aux joies des Parisien(nes) du bouchon !

Mais ces méchant(e)s saboteurs-ses  n’ont même pas daigné saluer le remarquable apaisement du centre-ville et de ses rues désertes…l’ingratitude en politique est parait il fréquente…

Tout semblait donc fonctionner à merveille jusqu’à la fin de l’après-midi et …jusqu’à une heure avancée de la nuit, pensez-vous ! Ces petit(e)s malin(e)s rentraient à Grenoble, leur ville, pour y vivre, y sortir, y manger, y dormir ! Et oui, ils appartiennent en grande majorité à cette France de la mobilité subie  qui fait un peu plus de trois kilomètres pour travailler, avec des horaires qui ne permettent pas toujours de prendre le train, des distances qui rendent le vélo compliqué et la marche à pieds inopérante. Ces arguments de la vie quotidienne qui vous font sourire cruellement à chaque fois…C’est une réalité que vous refusez de voir et de comprendre.

Il s’agit selon vous  de vrais indécrottables habitants de notre ville ancrés dans le passé.

Pourtant  ces Grenoblois-ses obligés de travailler, sans avoir le choix de leur lieu de travail, obligés de déposer  leurs enfants qui à la crèche, qui chez l’ASMAT, à l’école (pas hier pour cause de vacances c’est vrai), parfois même de se déplacer pour faire des achats (c’est très vilain, mais tout le monde n’a pas encore le réflexe internet, et certains refusent même ces technologies « déshumanisantes »), pour livrer un client, pour aller faire un chantier au nord de l’agglomération ou du département…bref, de se déplacer ! De se mouvoir aussi simplement et efficacement que possible. Ces « agents » comme l’on dit en économie qui ont besoin de liberté de déplacements efficaces et rapides pour créer de la richesse, pas seulement économique d’ailleurs, sociale aussi…

Figurez-vous que ces gens –là monsieur le maire ont pour certain affirmé avoir mis entre deux heures trente et trois heures pour faire la distance qui les séparaient  de Veurey  à leur belle ville et quatre heure pour faire le trajet de Lyon à Grenoble. Et encore une fois, exaspérés devant tant de trafic, tant de pollueurs agglutinés longtemps et au même endroit durant ces longues minutes qui s’égrainaient, ils ont choisi de vitupérer sur les réseaux sociaux, parfois en des termes assez peu aimables à votre endroit d’ailleurs… quelle ambiance apaisée !

A tous ceux-là, vous expliquerez encore une fois, qu’ils ne comprennent rien au nouveau monde que vous leur préparez et qui leur échappe.

Cela vous fera peut-être encore sourire, après tout, ce ne sont que de petits malheurs face aux enjeux pour lesquels vous nous demandez de comprendre notre bonheur à venir…ville déserte, commerces vides, bouchons sur les voiries secondaires, bouchons à la sortie et à l’entrée de la ville, dégradation de notre petit train-train quotidien, énervement régulier (mauvais pour la santé quand même), concentration de la pollution en dehors des zones concernées et préservées…désertes, certes mais préservées…

Vous l’aurez compris monsieur le maire, au lendemain de cette première, notre inquiétude est bien plus sérieuse que le ton volontairement léger et quelque peu ironique que nous avons choisi pour nous adresser à vous et à personne d’autre. Il s’agit en effet de votre projet, et même s’il est techniquement porté par la Métropole, personne, et encore moins les victimes de celui-ci qui se sont exprimé hier, ne s’y trompe.

Le démarrage de cette opération n’est pas encourageant, et nous n’en sommes qu’au début alors que les vacances étaient propices à une mise en place en douceur avec moins de véhicules concernés.

Lors du débat  précédant la mise en place de celui-ci, vous avez pris l’engagement d’une évaluation sérieuse durant les six premiers mois, ce qui nous mène à la mi-octobre. Nous avons pour notre part dit que ce temps d’essai ne valait que si l’évaluation était avérée et partagée, afin de modifier éventuellement les problèmes nés de ce nouveau plan de circulation. Contrairement à la caricature de débat et des positions qui ont parfois servi d’arguments, aucun groupe politique ne s’est exprimé contre l’élargissement du plateau piétonnier, ni même contre la restriction de la place faite à la voiture. Nous sommes pleinement conscient des enjeux de la ville de demain et les efforts que nous avons porté parfois contre vos propres amis politiques pour le développement des transports en commun l’atteste clairement.

Dans les mois qui viennent, des décisions importantes en termes de commerce et d’animation commerciale dans la métropole. C’est pour cette raison, que sans attendre, nous vous demandons de bien vouloir préciser clairement :

1.      les évaluations qui seront faites du dispositif qui est mis en place,

2.      les acteurs avec lesquels  vous comptez partager celles-ci.

3.      Les conditions de l’indispensable information du Conseil municipal  en séance plénière et en présence des unions de quartiers, des unions commerciales et des chambres consulaires des résultats de ces évaluations afin qu’un débat clair et partagé de tous ait lieu.

Compte tenu des impacts financiers importants de ce dossier, 10 Millions d’euros au minimum, nous vous demandons de respecter l’engagement pris de n’entreprendre aucun aménagement irrémédiable avant la fin de cette étape d’évaluation, sans oublier les recours pendants devant la juridiction administrative.

Ce nouveau plan de circulation connaitra quoi qu’il en soit des moments difficiles et aussi, nous l’espérons des succès, mais si la méthode reste celle du fait-accompli, du déni de concertation et d’absence d’évaluation, alors, l’échec sera total et l’économie de notre ville en subira les conséquences pour de nombreuses années. Nous espérons que vous informerez en transparence des Grenoblois sur le coût de ce nouveau plan, en aménagement de voirie et en communication.

Nous attendons de votre part autre chose que les sempiternelles sentences sur ceux qui auraient compris le monde qui vient et les irréductibles réfractaires au changement que seraient forcément les autres.

En vous remerciant des réponses précises que vous apporterez à cette demande légitime et issue d’un engagement pris publiquement d’évaluation d’une nouvelle politique qui concerne tous les Grenoblois, nous vous prions de croire, monsieur le maire, en l’assurance de notre considération.

 

 

 

 

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