tetiere

Conseil Municipal du 24 septembre 2018 – Rapport de la Chambre régionale des Comptes

Intervention de Jérôme SAFAR

Un rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur la situation de la commune est toujours un moment attendu. On en sort rarement indemne ou plus exactement, si l’on s’en réfère à la gravité des remarques potentielles, on en sort rarement vierge de toute remarque et très souvent certaines d’entre elles peuvent faire l’objet de différences d’interprétation.

Les raisons à cela sont connues :

Ce rapport porte sur deux exercices différents, ce qui veut dire pour notre ville plusieurs milliers d’actes, de décisions, dans une complexité de plus en plus forte qui est celle de toutes les collectivités territoriales d’agir dans un contexte réglementaire, dans un contexte économique, dans un contexte social et budgétaire dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’en six ans ce n’est pas la stabilité qui le caractérise. En effet, les collectivités ont subi non seulement sur ces six dernières années mais aussi avant des changements de réglementation parfois imposés sans discussion par l’État en étant obligé dans l’urgence de les appliquer et , bien souvent, ces changements de réglementation provoquent une évaluation complexe dans la contradiction qui est nécessaire avec la chambre.

L’autre point, c’est que l’indépendance nécessaire des magistrats de la chambre que nous saluons collectivement, constitue un élément fort de notre démocratie locale et que nous aurions tort ici ou là de faire comme si il s’agissait d’un document simplement sympathique et positif nous amenant à nous améliorer. Il s’agit de plus que cela, mais il ne s’agit pas non plus de nous imposer des lignes directrices en termes de politiques publiques. Ça n’est pas l’objet d’un tel rapport.

Cette indépendance des juges confère aux avis rendus une force déterminante dans le cadre de l’évaluation des politiques publiques, des procédures mises en œuvre pour les appliquer et des écarts constatés entre les résultats attendus et les résultats obtenus ou pas.

Depuis 1995, et jusqu’au rapport de 2011, tous les rapports ont donné lieu à des échanges contradictoires, parfois vifs (comme pour le rapport de 2011) qui ont toutefois permis d’aider la collectivité à améliorer son action, le suivi de celle-ci et les actions correctives qu’elle souhaitait apporter aux remarques de la chambre.

Ce rapport était d’autant plus attendu qu’il couvre une période d’exécution et de mise en œuvre des politiques publiques et des budgets de la ville, équivalente en temps entre deux équipes municipales distinctes,  suite aux élections de 2014 et à la désignation d’une nouvelle majorité municipale.

Il est, et chacun le sait très bien au sein de notre assemblée, un juge de paix qui permet une lecture objective, indépendante et techniquement fiable de nos actions.

Il l’est d’autant plus que notre groupe avait même souhaité que la chambre puisse saisir rapidement de la situation de notre ville au moment de la mise en œuvre du plan dit plan de sauvegarde, vœu auquel vous n’aviez pas accédé en nous disant attendre avec sérénité le rapport dont nous parlons ce soir.

Il est aussi ce juge de paix parce qu’il permet enfin de tirer au clair et avec précision ce qui relève des éléments de langage, pour ne pas dire de communication et de propagande qui ont été ceux de votre équipe depuis le début du mandat pour justifier des décisions qui ont engagé l’action publique de la ville. Ce sera mon premier point.

Il l’est parce que c’est aussi un moyen objectif d’évaluer la mise en application d’un discours, qui, sans être celui des marcheurs opposait déjà le nouveau Monde, transparent, vertueux, irréprochable au Monde ancien, opaque, dispendieux et moralement douteux. Ce sera mon deuxième point.

Il l’est aussi parce qu’il doit nous permettre de voir réellement où en est notre ville sur les questions fondamentales de l’avenir de nos équipements publics, de la charge financière qui en résulte, non seulement à ce jour mais aussi pour les prochaines années voir prochaines décennies. C’est notre devoir d’élus locaux de tout faire pour anticiper et éviter les à-coups trop brutaux liés à une insuffisance de prévisions.

Penser à la ville de demain n’est réellement possible que si nous savons sur quelle structure budgétaire nous appuyer. Ce sera mon troisième point

Il l’est enfin, parce qu’il donne un éclairage sur la gouvernance actuelle de la ville et les difficultés qu’il faudra relever dans les années à venir, et qui feront à n’en pas douter l’objet des premières réflexions sur certains bancs de notre assemblée en tant que pistes de travail lorsque « le bocal » s’agitera véritablement autour des programmes municipaux. Ce sera mon quatrième point.

Ce rapport est donc celui qui permet un avis précis et définitif sur la situation de 2011 2012 et 2013.

Autant le dire immédiatement aux Grenoblois qui nous écoutent attentivement, après une lecture répétée et attentive du rapport, les termes « d’insincérité budgétaire », « de mise sous tutelle »,  et même de « risque de mise sous tutelle, de « faillite » et même de « risque de faillite » ne figure absolument pas dans le rapport de la CRC.

Pour le premier terme, celui d’insincérité budgétaire que vous avez utilisé au début du mandat à notre encontre, si tel avait été le cas la CRC aurait pourtant été amenée à le signaler comme elle le fit par le passé en dénonçant la gestion municipale d’avant 1995.

Pour rappel, « le Préfet, le Tribunal administratif et les Chambres Régionales des Comptes sont respectivement chargées de contrôler la sincérité budgétaire d’une collectivité territoriale, c’est-à-dire « l’absence d’intention de fausser les grandes lignes de l’équilibre du budget».

Elle note comme nous l’avions dit au moment du vote du BP 2013 et 2014, les difficultés d’évaluation des charges de personnel lié à la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires, de la revalorisation de l’indice, et des heures supplémentaires du service propreté tout comme elle note les difficultés que vous avez objectivement rencontrées liées à la baisse des dotations de l’État, chose que nous n’avons jamais contestée et que toutes les collectivités territoriales ont dû gérer ces dernières années.

Pas plus qu’elle n’évoque le risque de mise sous tutelle que vous avez brandi et surjoué tant en interne avec le personnel qu’en externe avec les Grenoblois pour justifier et imposer un plan d’austérité que vous avez dramatisé en l’appelant « plan de sauvegarde » utilisant tous les symboles destinés à faire passer le message d’une faillite annoncée.

La chambre évoque bien une « situation financière de la commune dont la fragilité est récurrente »  avec un niveau de charges de fonctionnement et une dette historiquement élevée qui pèse sur notre capacité d’autofinancement.

Elle évoque une situation très dégradée à la fin de 2015 et note que les effets attendus de votre plan au moment de l’évaluation en 2016 ne peuvent être considérés comme satisfaisants mais note déjà un point, c’est qu’ils auront  apporté des évolutions notables en augmentant les recettes fiscales sans pour autant atteindre les objectifs de baisse de charges de de fonctionnement.

Elle note aussi l’insuffisance des résultats de la conférence de redéploiement »  mise en œuvre avant 2014.

Nous avons donc là un point majeur, commun,  de travail futur à expliciter en essayant de ne plus en faire un cas de bataille d’Hernani permanente sur la réalité des charges de fonctionnement de notre ville par rapport aux villes de la même strate.

Nous voyons bien une faiblesse structurelle que la chambre évoque et qui sont pour nous un point de faiblesse que nous ne pouvons pas obérer et traiter par une espèce de déni.

Ceci dit, vos éléments de langage ne sont ni repris, ni validé ni même esquissé par la CRC. Vous avez tenu un discours qui ne correspond pas à la réalité de la situation. Dont acte.

Le deuxième point concerne aussi votre discours

Votre discours s’est nourri d’une rhétorique que nous connaissons maintenant très bien et qui peut prêter à sourire sur la probité et la transparence à nulles autres pareilles de votre équipe municipale.

Ce discours s’est fracassé sur la réalité de l’action publique. Il a été dit beaucoup de choses sur le dossier de la « fête des tuiles » et de l’association « Fusées ».

Sur 40 dossiers étudiés par la CRC, les remarques concernent le manque d’allotissement, la prise en compte insuffisante du « ratio prix » même si cela peut être replacé dans le contexte d’après la crise de 2008 qui faisait que nous étions submergés d’alertes sur des prix trop bas visant à obtenir des marchés « à tout prix » de la part d’entreprises qui quelques semaines après étaient parfois en dépôt de bilan et n’étaient pas en mesure de répondre aux appels d’offres ou aux marchés que nous faisions.

La complexité dont je parlais tout à l’heure intègre aussi l’oubli de situations que nous avons traversées et que vous traversez mais c’est une réalité. Il faut se souvenir du contexte dans lequel les choses se sont déroulées.

Toutefois deux dossiers ont été pointés par la CRC et ont fait l’objet de remarques lourdes et détaillées de la CRC.

Deux dossiers qui concernent votre gestion avec un dossier qui implique l’un des éléments phares de votre action depuis 2014, lié à la direction de la communication et déclenchant un signalement de la CRC avant même la remise du rapport final et sans attendre vos éléments d’explication. C’est pour le moins une pierre dans votre jardin d’Éden pavé de bonnes intentions, de leçons permanentes sur votre probité relatif à l’immoralité des autres, sur votre pureté relative à la duplicité des autres.

Une enquête est en cours. Il n’appartient ici à personne ni le droit, ni la mission de s’ériger en juge avant même que cette enquête ne livre ses résultats.

Vous avez toutefois la liberté de répondre aux questions puisqu’il n’y a pas eu d’audition chez le juge. Et je ne vois pas pourquoi on reprocherait à quelqu’un de ne pas aller répondre à des sénateurs alors qu’une enquête est en cours et qui ne veut pas répondre,  de le faire, et dans le même temps d’accepter qu’ici on ne réponde pas aux questions des élus alors que l’enquête est à peine au début et qu’il n’y a pas eu d’audition chez le juge d’instruction.

Je ne relirai pas les termes qui sont ceux de la chambre sur les difficultés qui ont été rencontrées, sur les recrutements liés à l’association, les coups de tampon et les coups de typex qui visiblement ont été tenté pour essayer de dissimuler maladroitement peut-être des erreurs de réception. Tout cela est désagréable, et pour tout vous dire, tout cela ne nous réjouit pas.

Là où c’est inquiétant c’est que nous ne pouvons pas faire comme si pour certains ce genre de dossier n’était pas du pain béni pour essayer de faire oublier un passé plus ou moins éloigné et se payer une virginité. Vous devez donc répondre tranquillement sérieusement aux questions qui se posent. Vous le ferez puisque vous l’avez dit. Nous serons en mesure d’entendre ces explications et de voir comment la justice traitera ces réponses. Mais cette situation existe et il ne faudrait pas donner l’impression que ce rapport est tellement merveilleux et que nous l’attendions tellement que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Je veux saluer le travail réalisé par les services à cette occasion et c’est un motif de fierté et de satisfaction pour nous tous. Ils ont signalé des difficultés et nous devons entendre justement qu’ils n’ont pas été suffisamment entendus.

Et je regrette Madame Tavel que dans vos propositions, vous qui êtes sensible au dispositif des lanceurs d’alerte, rien ne relève de ce qui pourrait être la prise en compte des alertes internes y compris en organisant des commissions restreintes mais avec l’ensemble des groupes représentés pour voir comment traiter ces alertes-là. Je sais que ce n’est pas facile parce que nous sommes dans une ville où le climat politique depuis de trop nombreuses années ne prête pas à cette confiance-là. C’est aussi un point qu’il faut savoir évoquer devant les Grenoblois en disant clairement que ça ne peut plus durer comme ça, que cela fait 30 ans que dans notre ville nous vivons dans un climat anormal de suspicion, d’affaires à venir réelles ou supposées, de jeux des uns et des autres pour essayer d’atteindre le travail des politiques publiques réalisées par les uns ou par les autres.

Chacun ici sur ces bancs a malheureusement joué à ce jeu. Chacun ici sur ces bancs doit pouvoir regarder en face la situation que cela crée en termes de qualité du débat de démocratie locale qui est le nôtre. Nous devrions pouvoir parler de ce que la chambre évoque sans que tout de suite les tensions qui sont spécifiquement grenobloises apparaissent.

Par ailleurs la chambre évoque le dossier du Crédit Agricole. Il a été évoqué ici à l’instant, et là encore je vais peut-être encore vous surprendre. Quand on le regarde, quand on lit attentivement et les remarques de la chambre et la réponse de la Ville, il s’agit d’une différence notable d’appréciation sur les flux financiers générés par le montage retenu entre l’acheteur et le vendeur et qui a été proposé.

Là où la critique de la chambre est intéressante et elle n’est pas valable que sur ce dossier, c’est l’absence d’information réelle et transparente fournie aux élus particulièrement sur l’état réel du bâtiment, sur les projets à venir, d’ailleurs nous avons formulé plusieurs fois oralement la demande d’une présentation en conseil et sur les coûts réels et le bilan financier de l’opération.

Il y a là un axe d’amélioration inévitable, clair, net. La chambre pointe des irrégularités, elle le fait clairement, c’est à vous d’y répondre.

C’est donc sur ces dossiers comme sur d’autres la méthode de travail qui est pointé du doigt. Une absence de transparence que nous dénonçons régulièrement sur de nombreux dossiers qui malheureusement semble où est la source de nombreuses irrégularités et de manquements graves au fonctionnement normal de notre collectivité.

Ces points-là ne doivent pas obérer un autre point important du rapport de la CRC, il s’agit de la réalité budgétaire de la ville.

Je l’ai dit tout à l’heure, la CRC pointe la fragilité structurelle de notre ville. Vous reprenez d’ailleurs dans votre réponse dès les premières lignes ce constat énoncé et écrit dans les mêmes termes.

En termes de pilotage budgétaire, la CRC note qu’entre 2011 et 2013, les dépenses réelles de fonctionnement sont « précisément déterminées » alors que les recettes sont « légèrement surévaluées » par prudence. A compter de 2015, les dépenses sont « largement surévaluées » et les recettes également.

Il faut reprendre les choses dans le sens d’une évaluation fiable et la plus précise possible.

Le taux d’exécution des dépenses d’équipement n’est pas satisfaisant pour la CRC. Là encore un effort est nécessaire quand en moyenne nous sommes à 68 % sur la période avec une baisse forte de ce pourcentage de dépenses d’équipements réalisées .

2011/2013 : 80,6 %

2014/2015 : 66 %

Un effort doit être fait en matière d’information budgétaire. A vous de mettre cela en place.

Le plan de sauvegarde qui est avant tout un « choc fiscal au détriment des économies de fonctionnement ou du résultat attendu sur celles-ci, et au détriment des Grenoblois ».

Les dépenses équipements sont en baisse mais en revanche le stock de la dette lui a légèrement augmenté sur la fin de la période 2011-2016 et reste historiquement élevé. C’est là que nous avons des axes d’amélioration et que nous devons porter notre effort de réflexion commun puisque cet encours de la dette par Grenoblois est de 1708 €  quand il est de 1175 € pour un Français habitant dans une ville de la même strate.

Il faut donc que nous ayons une réflexion sur ces deux items, les dépenses équipements et la réalité du poids de notre dette.

A mon sens, c’est ici Monsieur le maire qu’il faut porter les efforts à partir de ces données objectives pour bâtir un plan de développement durable à construire, à proposer, à présenter, qui demandera des efforts mais au moins ceux-ci ne reposeraient pas sur des éléments de langage mais bien sur une réalité budgétaire qui s’impose à nous et qui est un des points faibles de la Ville de Grenoble.

Je terminerai sur deux points.

Sur la gouvernance, indiscutablement les remarques de la chambre remettent sur la table le devoir et le droit d’information des oppositions. Nous allons proposer tout à l’heure quelques amendements au plan que présentera Madame TAVEL.

Il y a un amendement auquel nous tenons parce qu’il était inscrit dans vos promesses électorales mais que vous ne l’avez pas mis en application. Il nous semble indispensable si nous voulons avoir un débat serein sur ces questions de finances. C’est celui qui consiste à donner la possibilité à un groupe de l’opposition de présider la commission des finances de la ville de Grenoble. C’est fait à la métropole, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas le faire ici.

L’autre point, c’est de voir comment nous pouvons continuer à réfléchir en toute transparence à l’avenir de la « Fête des tuiles » et nous demanderons une mission d’information municipale non pas sur les sujets évoqués par la chambre mais bien sur la fête, ce qu’elle coûte vraiment, ce qu’elle va devenir et comment nous pouvons renforcer, pérenniser cet événement populaire et fédérateur.

Nous ne sommes pas favorables à ce qu’un événement populaire même connaissant des difficultés disparaisse. Nous sommes dans un temps où les événements de rassemblement collectif sont trop rares pour que nous les balayons d’un revers de main et fassions comme s’ils n’avaient pas de sens. Nous pouvons être en désaccord sur le sens donné, mais nous ne pouvons pas faire comme si notre pays comme notre continent n’étaient pas aujourd’hui balayés par le vent mauvais de l’individualisme et du repli sur soi. Il faut donc tout faire pour maintenir des événements de ce type là

Le dernier point, la chambre évoque aussi Alpexpo.

J’ai une question à poser à toutes celles et ceux qui ont beaucoup parlé, parfois en affaiblissant la structure, et font comme si celle-ci ne s’était pas redressée avec d’ailleurs une négociation avec le fisc commencée sous Madame DESCHAMPS et qui a été finalisée récemment, ce qui joue aussi dans l’amélioration financière du bilan de la société.

J’entends ce qui est dit sur la concurrence avec Lyon et la faiblesse par rapport à Eurexpo. J’ai simplement deux questions à poser : quel serait aujourd’hui notre débat si nous avions décidé de ne pas soutenir Alpexpo et de laisser l’outil mourir ?

Enfin quel serait notre débat si comme Eurexpo, et cela fait partie du retard que nous avons eu sur le fait métropolitain, Alpexpo avait été soutenu, et par la Métropole, et par le Conseil Général, et par la Région Auvergne Rhône-Alpes. Je crois savoir Monsieur le maire que Monsieur Wauquiez vous a ouvert la porte lors d’une précédente visite.

Quand on compare les équipements comme ceux-ci faisons-le à armes égales.

Pour notre part, nous ne  jouerons pas contre la ville, contre Alpexpo. Nous ne ferons pas comme certains l’ont fait ici sur ces bancs, et qui sont aujourd’hui dans la majorité, en tapant sur un outil de promotion et de valorisation du milieu économique de notre territoire, sans trop se soucier des conséquences même d’ailleurs pour le personnel de l’équipement.

J’ai été un peu long mais le rapport qui couvrait les deux périodes nécessitait une lecture que nous avons souhaité la plus prospective possible. La chambre pointe de graves faits qui méritent des réponses. La chambre dit très clairement que nous sommes dans une ville qui doit travailler sur sa structure financière. Elle évoque aussi les problématiques grenobloises de retard du fait métropolitain.

J’ai au moins une satisfaction, c’est celle d’avoir été le dernier adjoint aux finances d’un maire qui aura travaillé 19 ans pour cette ville sans jamais subir autre chose que des remarques de la chambre régionale des comptes, d’un maire qui avec Didier MIGAUD puis Marc BAIETTO a enfin enclenché le processus métropolitain. Vous en bénéficiez en tant qu’équipe majoritaire, nous en bénéficions en tant que Grenoblois.

Il faut en faire une chance pour les Grenoblois et pour que l’avenir de Grenoble soit vraiment un avenir aussi radieux que possible

 

 

 

2nd intervention dans le cours du débat    

 

Monsieur le maire j’ai entendu les éléments de réponse de Monsieur SABRI

Il y a eu l’invention de l’écriture automatique et Monsieur SABRI essaie d’inventer la mise sous tutelle automatique.

Monsieur SABRI,  il y a des procédures pour les mises sous tutelle. Ce n’est pas simplement constater un déficit de la section de fonctionnement qui mécaniquement entraînerait automatiquement la mise sous tutelle.

C’est une procédure qui fait que, ces constats étant faits, le Préfet aurait saisi publiquement la CRC pour que le budget établi et étudié par le conseil municipal à l’année N+1 de ces remarques soit étudié par les service de la CRC pour regarder si les remarques initiales faisaient l’objet d’une prise en compte de celles-ci ou pas et à partir de ce moment-là déclencher une mise sous tutelle.

Donc, je veux bien que vous expliquiez que la situation en 2014 était catastrophique, mais accordez vos violons parce que les propos de Madame TAVEL étaient quand même un peu plus simples même si j’entends que tout remonte aux années 80, soyons quand même un peu objectifs entre nous.

Oui, c’est vrai, la situation d’endettement a connue entre les années 80 et 95 une accélération soudaine. Mais c’était le deuxième palier. Le premier palier, c’était l’équipement de la ville au moment des JO de 1968 et de ses équipements structurels lourds

Quand je parlais de mémoire tout à l’heure,  relisons les livres relatifs à l’arrivée d’Hubert DUBEDOUT qui a été élu maire de Grenoble parce qu’il en avait assez de voir sa femme remplir la baignoire d’eau afin d’avoir de l’eau à la maison. Et que, le problème majeur des Grenoblois dans les années 60 et 70 c’était un problème structurel qui a déclenché un besoin en équipements et donc en dette publique qui a été la première étape d’un endettement dont nous ne sommes pas sortis parce que malheureusement après la première salve des années de décentralisation, une équipe municipale n’a pas tenu l’endettement de la ville et a doublé celui-ci.

Donc, nous sommes dans une ville qui a des failles, des difficultés structurelles.  Soit on continue le jeu de ping-pong et c’est d’une inutilité totale. Soit on regarde ensemble ce qui structurellement en effet pèse sur les comptes de la ville, soit on assume devant les grenoblois qu’aujourd’hui nous avons un niveau de dépenses équipements qui est inférieur à celui de la strate, un niveau d’endettement qui est supérieur à celui de la strate, un niveau de charge de fonctionnement qui est supérieur à celui de la strate.

Et là, nous pouvons parler de plan parce qu’il va bien falloir trouver des solutions et une des solutions, c’est la métropolisation.

Donc je pense que maintenant, soit vous continuez avec le discours sur la situation catastrophique à tout point de vue de 2014, et à ce moment-là le débat se débridera totalement, tout le monde se lâchera et je ne sais pas qui en profitera.

Soit un moment il y a une responsabilité dans le discours et j’avais cru comprendre en entendant Madame TAVEL que c’était plutôt la tonalité de l’intervention majoritaire de ce soir, et à ce moment-là sur certains points nous pourrons travailler.

Je suis désolé de le dire ici devant l’assemblée mais le développement qu’a fait Matthieu CHAMUSSY des points financiers du rapport de la CRC n’a rien de subjectif, il n’a fait que lire ce que la chambre constate.

Quand sommes-nous capables de lire la même chose et de ne pas dire parce que c’est Matthieu CHAMUSSY, Jérôme SAFAR ou Hakim SABRI, les mots sont les mêmes mais la signification est totalement différente.

Je pense que c’est ça aujourd’hui notre problème majeur, c’est que si ce rapport ne nous permet pas à un moment de poser les armes sur ces points-là, alors dans 15 ans, dans 20 ans d’autres conseillers municipaux se lamenteront du niveau de la dette et de l’encours et du stock à Grenoble, du niveau des charges de fonctionnement, peut-être que d’ici là les collectivités auront été complètement cadenassées par l’État et ce sera plus la même chose, et alors on se dira : mais il y a 30 ans que n’ont-ils pas fait ! Nous avons une chance, elle est collective, c’est qu’au sein de cette assemblée personne jusqu’à maintenant ne peut se jeter à la figure des défauts majeurs de probité en matière d’argent public.

C’est une chance, profitons-en, regardons sur quoi il peut y avoir, en effet,  des points de travail qui peuvent éventuellement ensuite donner lieu à des divergences concernant les solutions mais au moins sur les constats, le constat de la CRC,  il n’est pas lié à la situation 2011-2016. Il parle d’une fragilité financière structurelle de la ville.

Entre 1995 et 2014,  nous n’avons pas suffisamment redressé cette fragilité, il faut aussi le dire. Nous avons fait des choses, nous avons aussi fait des efforts de sobriété, et certains avec vous, alors regardons les choses un peu intelligemment.

Arrêtons de nous gargariser de symboles qui ne suffisent pas à redresser la situation. Oui vous avez baissé les indemnités des élus, oui vous avez baissé le nombre de véhicules, oui vous avez réglé la question de l’attribution de logements de fonction de certains fonctionnaires. Très bien ! Est-ce que ça suffit structurellement à remettre en route les finances de la ville dans la durée sur la bonne voie ?

La réponse est malheureusement non !  Non pas parce que ce que vous faites n’est pas bien, ce n’est pas ça le sujet, mais parce que ce n’est pas suffisant parce que les ordres de grandeur ne sont pas de ce niveau-là.

Et c’est là le reproche principal que je vous fais concernant le plan de sauvegarde. Vous nous avez dit un soir on l’a fait « à la louche ». Cela a répondu sans doute à une situation d’urgence, je n’ai pas de difficultés à l’entendre. Mais vous n’avez jamais pu à ce moment-là nous le présenter de façon fiable. On a eu une présentation lors du débat d’orientation budgétaire mais c’était noyé dans la masse et il fallait vraiment regarder les choses dans le détail.

Et surtout, je pense que vous n’avez pas réussi à faire comprendre l’enjeu majeur de redressement des finances publiques de notre Ville et qui n’est, ni celui de votre équipe, ni celui de l’équipe précédente, mais qui est un continuum depuis une quarantaine d’années où Grenoble a dû faire face à des dépenses de structure extrêmement lourdes dans un contexte où certes à un moment l’Etat aidait beaucoup mais où elle n’a pas su dans le même temps s’organiser dans l’intercommunalité.

Je travaille dans une ville de l’agglomération lyonnaise qui une population équivalente à celle de Grenoble mais qui a un budget d’un tiers inférieur à celui de Grenoble.  Mais cette ville  a une chance que nous n’avons pas à ce jour, c’est qu’elle se situe dans une métropole dont la taille, la puissance financière, le dynamisme économique, l’accessibilité sont aujourd’hui des avantages incomparables par rapport à ceux qui sont les nôtres.

Ce sont des questions qu’il faut regarder sans démagogie, sans dogmatisme, sans faire comme si tout cela n’existait pas, mais cette métropole a aussi un désavantage,  c’est qu’aujourd’hui elle devient une bulle de richesse qui exclut les plus pauvres.

C’est-à-dire que la ville centre, Lyon, et les autres villes à la périphérie, se gentrifient à une vitesse grand V, que le prix au mètre carré explose et qu’il est de plus en plus difficile de maintenir dans ces villes là une population diversifiée qui fait la richesse des territoires.

C’est un enjeu aussi à Grenoble de voir comment attirer sur notre territoire toutes les catégories sociales et professionnelles parce que sinon cela veut dire que nos territoires sont des ghettos. Il faut que notre territoire puisse proposer des perspectives et pas seulement rester figés sur les débats des années 60, 70, 80, 90 et  2000 en sachant plus ou moins qui était la parce que très clairement nous nous le savons mais je peux vous garantir que de moins en moins de grenoblois savent exactement qui étaient maires entre 1983 et 1995, même entre 1995 et 2014  et certains ne savent même pas qui est maire depuis 2014.

C’est la réalité du monde dans lequel nous vivons. Nous, nous lisons les journaux, nous, nous regardant la télé, nous, nous sommes sur les réseaux sociaux, nous, nous sommes totalement inclus. À côté de nous, il y a des gens qui ne sont plus du tout dans ce monde-là y compris à Grenoble.

Donc, moi je veux bien qu’on fasse peur à tout le monde, la tutelle, les faillites, les situations terribles, mais regardons plutôt comment nous pouvons trouver les solutions à ce qui est un problème structurel et regardons le sérieusement.

 

Pour consulter le Rapport de la Chambre régionale des comptes pour la période 2011-2016

Rapport d’observations définitives de la Chambre Régionale des Comptes d’Auvergne Rhône-Alpes

 

 

 

 

,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire